Aujourd’hui sur Bien Voyager, je fais l’interview de Céline qui est partie 3 mois au Népal donner de son temps, de son énergie et partager son chaleureux sourire avec les enfants victimes des trafics. Une decouverte en somme du voyage humanitaire ou associatif.

 

Aider les enfants népalais…

 

– Bonjour Céline, peux-tu présenter, ton parcours ?

 

Bien sûr! Alors après un BAC Littéraire je me suis orientée vers une licence LEA (Langues Etrangères Appliquées). Puis, après la licence, j’ai eu la chance de pouvoir partir en Irlande du Nord en tant qu’assistante linguistique pendant 9 mois. Après ça, j’ai voulu faire quelque chose « d’utile »…

 

– Comment t’es venue l’envie de partir faire de l’humanitaire au Népal ?

 

Alors je sais que ça va paraitre peut-être un peu simpliste mais je voulais faire quelque chose de « bien », d' »utile »…Je me souviens très bien m’être réveillée le jour de mes 20 ans, déçue de mon parcours et réalisant que je n’avais encore rien fait de concret. J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer la Fondation Umbrella! Je n’ai su ça qu’après mon arrivée au Népal, mais trouver une organisation humanitaire sérieuse relève du miracle: beaucoup de fondations en effet sont corrompues et détériorent la situation plus qu’elles ne l’améliorent! J’ai pu donc aider une organisation sérieuse et efficace qui accueille des enfants qui ont été victimes de trafics.

 

– Les formalités administratives ont-elles été difficiles ?

 

Pas vraiment… J’ai dû faire un passeport et j’ai été agréablement surprise par le délai relativement court (2 semaines). En ce qui concerne le visa, tout a été très simple: Au Népal, tout ce que le gouvernement attend c’est que les touristes donnent l’argent et disent qu’ils sont là pour visiter le pays. Ils sont bien entendu au courant que certains restent plusieurs mois pour des missions humanitaires et les autorités népalaises rejettent d’ailleurs officiellement l’idée. Cependant, officieusement, tout le monde ferme les yeux! Un peu de stress tout de même en ce qui concerne les vaccins etc… J’avais peur d’oublier quelque chose!

 

– Comment a réagi ton entourage a l’annonce du voyage ?

 

Aïe… Ma mère a failli avoir une attaque. Je me souviens encore de notre conversation! J’étais encore en Irlande du Nord et elle se faisait une joie de mon retour en France. Malheureusement pour elle, je l’ai appelé pour lui dire que je partais au Népal au mois de Septembre… A l’entendre je n’étais qu’une kamikaze qui s’en allait se faire tuer! Mon père a un peu mieux réagi… même si quand je lui avais parlé de mon projet de partir, il n’aimait pas l’idée que j’aille dans des pays avec des situations de conflits trop importantes… Il a dû finalement glisser un truc du genre « Bon, de toute façon quand t’es décidée… »

 

– Avais-tu des appréhensions avant le départ ?

 

Et bien pas vraiment! Je suis allée là-bas le cœur léger, ravie de pouvoir être « utile », de pouvoir faire la différence… C’était sans écouter les mises en garde de mon entourage… Je suis une tête de mule et plus j’avais l’impression qu’on me retenait et plus je n’avais qu’une envie: Foncer! Cependant, je savais que la guerre civile, même si elle avait cessé, avait laissé le pays exsangue.

 

– Quelles ont été les plus beaux et les plus difficiles moments de ton séjour ?

 

Les plus difficiles… Je me souviens de mon arrivée au Népal, lorsque je suis sortie de l’aéroport… Je me souviens de la misère, du choc culturel! Les deux premiers chiens que j’ai vu étaient morts…. Les gens étaient maigres, les rues étaient sales.. Je me suis dit: « Mais dans quel pétrin tu t’es mise ma vieille?! »

 

Les plus beaux ont été les moments avec les enfants et les volontaires. Les enfants sont adorables et en 3 mois, quand on passe nos journées avec eux, forcément on tisse des liens. J’ai également eu la chance de rencontrer des volontaires exceptionnels: de grandes amitiés se sont créées! Je dois tout de même avouer que mon meilleur moment a été lorsque pour Tihar, (festival consacré aux frères et sœurs, durant lequel les soeurs sont sensées donner Tikka -c’est la poudre, souvent rouge, à base de riz que l’on met sur le front- à leurs frères comme signe de bénédiction) nous avons donné tikka aux enfants. Les plus grands garçons de la fondation, qui ont entre 16 et 18 ans étaient très tristes de ne pouvoir recevoir tikka de la part de leurs sœurs.

 

Il faut bien comprendre que c’est une situation assez compliquée: certains enfants ne savent pas qui ni où est leur famille. Ils ont été arrachés à leurs racines parfois si jeunes qu’ils ne se souviennent de rien. Bref, deux amies volontaires et moi étions allées donner tikka aux ainés et l’un d’eux m’a glissé à l’oreille: « J’ai beaucoup de chance ». Ce gamin, qui a été enlevé à sa famille et qui a vécu des choses terribles pendant son enfance me dit qu’il a de la chance parce-qu’on lui a donné tikka… Que d’émotions ce jour là!

 

– Et plus tard, tu te vois dans l’humanitaire, tu as essaye de prendre contact avec des ONG à ton retour ?

 

Bien sûr!

 

L’humanitaire me botte toujours… et c’est peu dire! La seule chose c’est que, malgré mes efforts, je n’ai pas eu de réponses positives dans ce domaine. Je suis jeune, j’ai peu d’expérience… donc ne répond pas apparemment aux critères de sélection… Imaginez ma déception! Je rentre, bouleversée par ce que j’ai appris là-bas et veux continuer mon action et je trouve portes closes!

 

Si tu devais donner un conseil aux personnes qui souhaitent se lancer dans ce genre d’aventure humaine quel serait-t il ?

 

Allez-y!
N’écoutez pas les bien-pensants qui trouveront toujours à redire sur la façon dont vous gérez votre vie! Arrêtons de croire que les missions humanitaires sont des missions suicides. Il y a des risques, c’est indéniable et je n’incite pas les gens à aller se poster en plein guerre civile mais vivez, bougez, découvrez! Vous ne serez pas déçus!

 

– En dehors du Népal, tu as visité l’Inde non ?

 

Exact! Lorsque je parlais des volontaires formidables que j’ai pu rencontrer avec la Fondation Umbrella et bien je pensais notamment à mon amie Jessica. Elle est Américaine et a passé 3 mois également dans la fondation. La visite de l’Inde s’est faite en sa charmante compagnie. Nous avons planifié notre voyage en partant de Delhi pour passer par le Rajastan, Agra, Varanasi… et pour enfin finir par Calcutta. Un mois de bonheur en somme!

 

– Le choc culturel a été difficile ?

 

Oui, j’en parlais tout à l’heure déjà, mais ça a vraiment été une claque! Enfin non, pour être tout à fait honnête, 2 claques. La première à mon arrivée au Népal: Les rues sales, les gens qui crèvent de faim, les conditions de vie qui sont complètement différentes aussi… Et oui, quand on part au Népal il ne faut pas espérer avoir le courant toute la journée! Encore moins de prendre une douche tous les jours!
La deuxième est celle que j’ai reçue à mon retour. Revoir tout ce luxe, tout ce matérialisme…
Tout ça n’a plus de sens.

 

Attention, je ne veux pas jouer les hippies ou rentrer dans ces clichés où l’on revient en pensant avoir sauvé le monde et où l’on dénigre tous les privilèges dont jouissent nos pays développés. Ce n’est pas ça, c’est juste absurde de voir comment certaines choses fonctionnent ici: On vous fait croire que vous avez besoin de plein de choses ou on vous tient avec des peurs de cancer ou de fins du monde. Quoi de mieux pour policer les gens que de les faire se tenir bien sages en leur faisant peur?

 

– Si tu devais me donner 5 choses a voir qui t’ont plu, quelles seraient-elles ?

 

La joie de vivre des enfants, l’humour des volontaires, l’humanité des népalais, la beauté des paysages et plus particulièrement celle des montagnes (j’ai d’ailleurs eu la chance de faire un trek de 5 jours avec deux amies volontaires), dal baat (repas traditionnel népalais) et la bière de riz! D’ailleurs si vous voulez plus de détails sur ces choses là, je vous conseille de lire Les Petites Princes du Népal par Connor Grennan. Il parle d’ailleurs de la fondation Umbrella et raconte le tout bien mieux que moi!

 

– Dernière question : quelques mots en népalais 😉 ?

Ke garné? Que faire?

Phrase que les népalais répètent sans cesse lorsqu’ils se trouvent face à une situation qu’ils ne peuvent maitriser. Ca en dit long sur leur philosophie de vie !

 

J’espère  que ce long interview vous a plu 😉 N’hésitez pas à faire part de votre propre expérience ! Si vous souhaitez contactez Céline pour en savoir plus ou dans le cadre d’une offre : delbecque.celine[@]gmail.com