Il est indéniable que les voyages laissent des marques. Les kilomètres parcourus ne forment pas que des rides dans notre mémoire. Ces marques nous laissent plus ou moins indemnes, tant sur le plan physique que sur le plan émotionnel. La Birmanie m’a bien marqué physiquement mais non émotionnellement comme cela a pu être le cas avec le Népal. Ce n’est pas un voyage que j’associe à une révélation personnelle. Pourtant, la Birmanie me colle littéralement à la peau. Un mois après mon retour, ayant une inflammation généralisée des articulations (coucou chère chikungunya), je peux dire qu’à chaque geste, à chaque déplacement, je sens le poids du voyage birman suinté à travers les pores de ma peau.

Se pourrait-il que la Birmanie eut mal pris le fait que cette passion dévorante ne soit point réciproque ? Se pourrait-il que chaque voyage ne soit pas uniquement une succession de moments de ravissement et d’émerveillement que l’on partage avec allégresse à la vue de tous, tel un trophée ? Se pourrait-il qu’il y ait, dans la masse déversée d’expériences sublimées et idéalisées, des aventures, comme la mienne, au goût de rendez-vous manqué, comme un parfum de voyage raté ?

Mmmh, les souvenirs et les émotions étant par nature subjectifs, il se le pourrait fort bien. Il se pourrait même que, malgré la douleur vive qui imprègne chaque mot que je tape sur le clavier, quelques photos, quelques mots siphonnés sur un journal virtuel suffisent pour vous charmer. Moi-même, lorsque je développe ces pellicules virtuelles de Birmanie qui défilent sur mon écran, lorsque je recolle les pièces du puzzle de ce voyage, je me dis que, après tout, ce voyage birman n’était pas ne semble pas si éprouvant qu’il ne le fut en réalité…

BIRMANIE, genèse d’un voyage

Quel est le comble pour « un influenceur » ?
Se faire influencer pardi !
Comment se pourrait-il que nous, les nouveaux gourous insensés et encensés par les médias, soyons parfois si vulnérables aux mêmes manipulations dont nous faisons usage auprès de notre audience ? Je l’avoue avec honte, Magda et moi fûmes victimes de l’influence « néfaste » d’une influenceuse et amie d’enfance de Magda. Comme quoi, le démon se sache dans les détails. Une simple vidéo joliment réalisée, des paysages et un pays qui semblent suspendus dans le temps, quelques photos de la non moins célèbre Bagan en tête plus tard, le piège birman se refermait indéniablement sur nous.

De Bangkok aux portes du royaume de Myanmar

Comme de bon contrebandiers 2.0, drogué de l’image que je suis, notre choix se tourna vers l’entrée par la frontière terrestre à Myawaddy, via la Thaïlande, afin de minimiser le risque de se faire confisquer notre drone à l’aéroport de Yangon. Métro, taxi, bus et un tuk tuk plus tard, après 10h sur la route, nous voici déposés à deux pas du poste frontière birman, sous une pluie battante.

Une fois arrivé au passage face aux gardes, il s’agit de retrouver dans le sac à dos, pliée en quatre quelque part, l’autorisation signée d’entrée du territoire. Quelques tampons plus tard, sans aucun complication ni vérification supplémentaire, nous passons. Je laisse Magda attendre au sec aux portes du royaume de Myanmar. A côté de nous, un jeune birman qui a décidé d’aider deux touristes qui lui semble en détresse. Il tente d’appeler un ami pour nous emmener à Hpa-an, notre destination pour quelques 25 000 kyatts. Je pars, de mon côté, chercher un bus dans environs. J’en profite pour négocier l’achat d’une carte SIM locale. Premier constat, l’anglais n’est visiblement pas une langue communément utilisée, même chez les jeunes. Après quelques allers /retours du prix négocié sur calculatrice, j’obtiens ma SIM en payant avec des bahts. Quelques rues plus bas, je trouve un bus en partance pour Hpa-an. Miracle, il leur reste deux places. Décidément, le monde est bien fait. Enthousiaste, je leur explique d’attendre 5 minutes le temps que j’aille chercher Magda en courant. Malheureusement, la compréhension ne fut pas mutuelle. En revenant sur place, le bus est parti. L’ami birman qui aurait pu nous emmener en 4×4 n’est pas non plus disponible… nous voilà donc sous la pluie, à errer dans Myawaddy, sans aucune intention d’y passer la nuit, à la recherche d’un nouveau moyen de transport. Tout compte fait, le monde n’est pas si bien fait.

Le rabatteur de Myawaddy…

Un rabatteur flaire le bon filon. Il ne semble ni agressif, ni menaçant. Il est toutefois, comme tout rabatteur qui se respecte, très insistant. Il a la tête du bon roublard. Certains ont le regard méticuleux et froid de la hyène, lui semble davantage joueur, tel un chat. Il arbore le sourire en coin du mec confiant qui sait qu’il parviendra à ses fins. Il lance avec son bagout « I will find you a transport sir, I promise ». « Je vous trouverai un transport monsieur, je vous le promets ». Je m’arrête. Je le regarde, il me sourit. Je souris. En bref, marché conclu, je capitule. Je fais le tour, avec lui, des différentes options qu’il propose. Les kiosques de vendeurs de tickets de transport, éclairés par quelques néons, s’enchaînent dans les rues sombres de Myawaddy. Les prix par personne, gribouillés sur des feuilles volantes, maintes fois âprement négociés restent 2 à 3x plus élevés que ce que l’on s’attendait. Bien plus cher que l’option du bus. Je ne lâche pas le bout. Non, je ne serai pas sa nouvelle proie du jour sur son tableau de chasse. Lassés, Magda et moi cherchons un autre arrêt de bus plus « officiel » dans la ville… mais de départ de bus, il n’y en aura plus. La réalité c’est qu’à 18h, c’est déjà « trop tard ». On ne veut pas rester ici la nuit sachant qu’un lit nous attend à Hpa-an. Je sais, on est têtu. Il y a un moyen. Il y a forcément un moyen. Notre rabatteur ayant flairé notre désarroi ne désarme pas. Il propose son va-tout : se faire prendre par un 4×4 birman rempli de marchandises sur le toit avec 2 autres passagers plutôt louches et déjà avachis sur la banquette arrière en direction de Hpa-an. De loin, la scène pourrait ressembler au début de scénario d’un mauvais thriller de série B.
Une négociation au pied du véhicule plus tard, le prix de la traversée est passée de 1500 bahts à 550 bahts soit 27 500 kyatts. Croyez-moi, jongler avec le cours des devises entre elles, puis en euros, puis en dollars n’est pas facile à suivre. Éclairé par la lumière d’un réverbère, je tends mes billets au rabatteur. Il part discuter avec le conducteur. Ce dernier nous fait signe, nos sacs à dos dans la voiture, on monte. Encore aujourd’hui, je me demande si le conducteur a eu sa part…

De Myawaddy à Hpa-an

Pas beaucoup d’échanges possibles, personne ne parle anglais. Derrière, ça ronfle fort. Maung Maung (je devinerai que c’est son nom), le chauffeur, reste concentré sur la route. Il y a vraiment de grosses pluies. Le genre de pluie ou les essuies glaces font du surf sur le part brise et tu te demandes si y’a pas un tsunami de fin du monde qui va t’emporter dans un ravin à la fin. Au milieu de ce bordel aquatique, sur une route à la luminosité d’encre de chine, face aux poids-lourds et les bus qui ont priorité sur les véhicules plus petits -nous sommes plus petits- il faut avoir le cœur bien accroché.

Après une demi-heure de route. On stoppe sur le bas-côté. Maung Maung passe son temps au téléphone. Il sort du véhicule, il re-rentre. Impossible de savoir ce qui se passe. Quelles sont les raisons de cet arrêt ? Mystère… Qu’on le veuille ou non, il y a forcément des mauvais scénarios qui vous passent en tête. Il fait nuit noire dehors… et si il se débarrassait de nous, qui le saura ? Évidemment, il ne se passa rien de tel. Le manège dura cependant une bonne heure. La barrière du langage fait que l’on n’en saura pas plus. Peut-être était-ce une discussion avec sa femme qu’il prévenait qu’il ne rentrera pas ce soir à la maison, peut-être était-ce des explications avec son boss… ayant au départ l’idée que nous arriverions vers 22h maximum à Hpa-an, je vois cette perspective, oh combien trop optimise, s’éloigner peu à peu.

Plus loin, ce sont des embouteillages qui nous rattrapent. On se faufile entre les bus et les poids-lourds en attente. Parmi les premiers, il y a forcément le bus que nous devions prendre plus tôt. On double à pleine allure avec zéro visibilité en file indienne. Cela me rappelle un peu la Chine sauf que là-bas, ils faisaient pareil mais dans des tunnels. Je reste toujours abasourdi par la témérité de ces conducteurs de motos et scooters qui sous la pluie, avec une visibilité souvent nulle, jouent avec le diable, façon roulette russe, en bravant le trafic chaotique birman. Les conditions sont dantesques. En bon assistant du conducteur, je me dois de me rendre utile et, sans qu’il ne soit dit un mot, j’essuie plusieurs fois le part brise embué. Maung Maung esquisse ce qui me semble un sourire mais reste concentré. Entre deux nettoyages, je filme et prend quelques photos… pauvre Moung Moung, il doit se dire qu’il a pris des européens un peu dérangés. Qu’y a-t-il à filmer au milieu de la nuit? Rien. Rien si ce n’est son visage et quelques lumières à la Blade Runner. Lui-même a déjà bien du mal à distinguer la route sous ce voile de pluie.

On fait une petite pause dans un restaurant pour conducteurs perdu au milieu de la cambrousse. Autour, aucune lumière, le noir total. Le restaurant marche avec un générateur. De nombreux convives regardent, hypnotisés, un soap opéra birman. On n’a malheureusement pas encore pu changer nos bahts thaïlandais en kyatts birmans. Le chauffeur, adorable, comprenant notre situation,, sans mots échangés fait un signe au propriétaire et voilà, il nous offre le repas. On récompensera sa générosité en fin de voyage, à notre arrivée à Hpa-an. On lui donnera le reste de nos bahts thaïlandais en monnaie, ce qui fait quelques euros.

Au moment de repartir, nouvelle mauvaise nouvelle. Un pneu est crevé. La route principale est coupée par les inondations et cela nous oblige à prendre de petites routes passant par les villages qui sont, pour certaines, totalement défoncées, elles aussi, par la pluie. Ça et un véhicule chargé au maximum, cela n’aide pas. J’apporte un peu de soutien moral et de lumière à Maung Maung.

Le trajet Myawaddy jusque Hpa-an devait durer 4 à 5h maximum. On a mis 8h. Je m’assoupissais de fatigue contre la vitre. Je me réveillais aux nombreux passages de frontières, comme je les appelais. Des check-points de sécurité où il faut payer son laisser-passer. On en a eu une dizaine sur le trajets dont certains qui s’enchaînaient les uns à la suite des autres sur quelques kilomètres à peine. Ici des militaires, là des civiles. Ici ils sont souriants, là ils sont plutôt menaçants. Je n’ai pas fait de photos, ne souhaitant pas me faire confisquer ma caméra mais il me semble que j’en ai filmé un discrètement avec mon petit dji osmo pocket… avec le recul, je me dis que ce fut vraiment stupide de ma part. C’est vraiment le genre d’insouciance touristique -voir d’arrogance-, loin de la réalité du terrain, qui peut vous amener à faire un tour par la case prison si on tombe sur des militaires sourcilleux.

On arrive aux alentours des 2h du matin à notre motel. Maung Maung nous dépose aux portes de notre hôtel et il repartit rapidement pour sa lointaine destination. Me revient en mémoire les paroles d’une voyageuse sur la dure réalité des conducteurs de marchandises en Asie. Ils enchaînent les heures au volant, parfois jusqu’à 48h d’affilée, ne tenant qu’avec des drogues. Conditions difficiles partagée par les conducteurs de poids-lourd polonais qui sillonnent l’Europe. Fourmis des temps modernes. J’ai échangé avec eux lors de mes 3 jours de stop de Paris jusqu’en Pologne. Certains ne voient pas leur famille durant 6 semaines. 6 semaines de vie et de we passés dans les parkings de station-service et d’air d’autoroute… mais revenons à notre arrivée à Hpa-An.

On sonne au motel. Par chance, il y a un veilleur. Ce dernier, aux lourdes paupières et à la démarche chancelante nous ouvre. Rapidement, on nous donne les clés d’une chambre. La situation et le paiement seront régularisés demain. Ils ne font pas dans les formalités, un peu de repos avant tout. Ayant, tant bien que mal, mis en marche le climatiseur, on s’effondre de fatigue sur le lit. On venait de passer 18h sur la route.

Hpa-an, capitale de l’état Karen | BIRMANIE

Hpa-an, prononcé également Pa-An, est une ville birmane bourgeonnante et bouillonnante d’un demi-million d’habitants (merci Wikipédia). Néanmoins étant dans les vieux quartiers, je n’avais pas du tout cette sensation. Vous m’auriez demandé, je vous aurai peut-être répondu « Hpa-an ? Allez, 20 000 habitants maximum ! ». J’étais d’ailleurs étonné que l’on y trouve des universités (perdues dans la campagne) dans une ville qui me semblait aussi peuplée que Montargis, ma ville lycéenne et ses 15 000 habitants. C’est comme dans les vieux quartiers de Kyoto au Japon, je ressentais d’avantage l’atmosphère de petit village ou de petite ville de province assoupie. Je pense que cela tenait principalement de la bonne localisation de notre motel. Un bon emplacement pour votre «quartier général » change tout. Avec le recul, Hpa-An est une de nos plus belles surprises de Birmanie. Peut-être même la plus agréable bien que notre dernière étape à Inle lac nous réserva également de bons souvenirs.

atmosphère de Hpa-An durant la courte éclaircie du premier jour depuis le toit du motel

Nous sommes arrivés en hors saison à Hpa-an, au mois de septembre. C’est à dire vers le début de la fin de la saison humide. On a eu d’ailleurs de la chance. Un ou deux jours plus tard, les sites d’informations sur internet mentionnaient que les routes en provenance de Myawaddy, le poste frontière, étaient totalement coupées dues aux pluies diluviennes.

Forcément, venir hors saison a ses avantages. Il y a moins de monde. Néanmoins, il y a moins de monde pour une raison. Les pluies incessantes des premiers jours nous rappelaient cruellement cette réalité. Il y avait peut-être une à deux heures d’éclaircies dans la journée… grand max. Quand on voit les photos d’autres voyageurs qui prennent de magnifiques levers et couchers de soleils depuis les sommets des chemins de treks environnants, au fond de moi-même, je l’avoue, j’enrage un peu… mais bon, ce n’est pas si grave, mon compte instagram s’en remettra. (mais quand même, là, même avec les mains et les pieds douloureux, on me donne des billets gratos pour faire un shooting durant les beaux jours à Hpa-An, fuck, j’y retourne !)

Durant mon voyage en Birmanie j’ai eu comme partenaire Kingston dont j’ai testé principalement les cartes Canva React Class 10 256Gb sur mon Gh5 : lien produit canva React de Kingston. Nickel pour filmer en 4K (car 2 emplacements cartes SD sur le Gh5 soit 512 Go de mémoire). Testé depuis également sur 3 autres reportages, j’en suis pleinement satisfait. Je vous en reparlerai plus en détail dans mon matos photo et vidéo ici.

Prochain article : balade touristique dans Hpa-An et ses alentours….