Lorsque l’on imagine des chemins sinueux et solitaires, là où les montagne aux sommets inaccessibles au commun des mortels règnent en maître incontesté et l’homme ne semble que de passage, lorsque l’on rêve d’aventures… de l’Aventure, de ce qu’elle incarne de plus pure, alors on rêve un jour ou l’autre du Népal. On rêve de ces drapeaux de prière colorés, témoins immuables accrochés aux devantures des maisons, frêles matelots voltigeant sur leurs mats aux cols enneigés, foule trépidante au début des routes que l’on empruntera des jours, voir des semaines durant. On rêve de ces drapeaux imprimés dont les mantras, messages aux formules sacrées adressées aux dieux, sont emportés par le vent malicieux. Ces guirlandes porte bonheur, aux symboliques cinq couleurs, qui virevoltent dans le ciel : bleu, blanc, rouge, jaune et vert. Ceux que l’on appelle les lougnta : chevaux du vent. Chevaux ivres de liberté galopant depuis des temps immuables dans les cieux; nous voilà ici avec eux.

Mon rêve de Népal

Pour beaucoup, cela ne restera qu’un rêve que l’on caresse des doigts à travers l’album photo d’un aventurier photographe. Les mots d’un alpiniste ou ceux d’un inconnu dont on envie la témérité. Combien de fois ai-je cru que cette aventure n’était pas pour moi, cru que ce n’était pas à ma portée, voir que ce genre d’aventure était financièrement inaccessible.

Je me mentais alors.

Combien de fois range t-on ses rêves dans le coffre intérieur de nos espoirs déchus comme on le fait pour les jouets de notre enfance ? On se dit que ce n’est pas le moment, que ce ne l’est plus, on se fait la promesse de demain. On regarde alors tristement le rêve s’éloigner de jours en jours.

La vie est bien trop courte. C’est ce dont je me suis rappelé. Bien trop courte. La chance a mis une opportunité de partir au Népal sur ma route. Une promotion aérienne. Je n’ai pas agi tout de suite.

Le premier jour, j’ai eu des doutes. Le second, je n’ai simplement pas voulu regretté de ne pas saisir cette possibilité. Alors je me suis décidé. Hésitant, un peu comme le fait de rendre le sourire à une inconnue croisé dans la rue. Voilà, c’était fait, quelques mois plus tard, j’allais partir. Je ne pouvais plus reculer. Le Népal…

Des mois durant, bien que mon agenda est fait de beaux voyages, je brillais d’un sourire intérieur rien que d’y penser. Le Népal… J’avais également quelque appréhension de ce qui m’attendait. Appréhension de l’exigence des chemins de haute altitude. Peur de cette nouvelle aventure. Peur et excitation s’entremêlaient au fil des mois avant le jour J. J’avais néanmoins emmagasiné de l’expérience de la manière dont mon corps pouvait réagir à la haute montagne. Expérience acquise non sans difficulté au Kilimandjaro en Afrique, où j’ai appris la règle du « Polé Polé », et au Chili, seul face à mes rêves de sommets. Ces dernières années, mon corps s’est bien habitué à marcher seul des jours durant sur de longues distances. Je ne partais pas sans ressources.

Katmandou

C’est un doux euphémisme de dire que la capitale du Népal ne m’a pas vraiment fait une impression des plus positives. Par son aspect tentaculaire, la foule, la pollution, la poussière, ses rues labyrinthiques, elle est très loin de l’image idéale, tel un village suisse avec des airs tibétains, que je me faisais alors… je n’ai jamais été à l’aise avec le bruit, la foule et les poumons malmenés par l’air vicié qui stagne dans cette cuvette naturelle.

Si je devais choisir un endroit où me reposer lors d’un séjour au Népal, cela serait définitivement Pokhara. C’est là, je crois, où je pourrai d’ailleurs prendre ma retraite. Le lac, les montagnes, la nonchalance népalaise, un air respirable et le parc de l’Annapurna, promesse de belles randonnées, à quelques heures de route.

Mais on s’habitue à la folie de Katmandou. Avec le temps, on trouve ses repères dans ce chaos. Il est étrange de se dire que de là, une heure en avion nous sépare du trek du camp de base de l’Everest. Le but recherché de nombreux voyages au Népal.

Camp de base de l’Everest

On arrive à Lukla. Départ matinal dans les rues de la capitale endormit. L’avion décolle avec les premiers rayons. Mon coeur tambourine à ma poitrine comme un soldat partant au front. Un atterrissage qui est l’un des plus délicats au monde. Une formalité pour notre pilote. Je souris.

Après Katmandou, Lukla est un autre monde. Un contraste totale. C’est un peu comme si on passait une sorte de portail magique. Le quai 9 ¾ direction l’Aventure. Ce sentiment d’atterrir dans un îlot perdu au milieu des forteresses de pierre. Les géants millénaires au froid regard de pierre vous observent. Les dieux des légendes. C’est difficilement explicable cette ivresse qui vous envahit. Se sentir en vie. Il y a derrière nous ce monde peuplé de tableaux excels, d’indices de performances, de rigidité où notre existence semble n’être qu’une variable statistique à ajuster et il y a là. Ici et maintenant.

Le chemin débute à la sortie du village. Il nous attend. Un tampon officiel et nous voilà sur la route. La voie commune jusqu’à Namche, îlot de civilisation irréel, carrefour des chemins… puis le choix de passer soit par le chemin des 3 cols ou de continuer par la route classique. J’ai pris évidemment celui par les 3 cols. Je n’avais rien prévu au départ mais on m’a dit que c’était plus difficile. Plus solitaire. Plus sauvage. Alors c’était forcément pour moi.

Je suis allé assez vite. Trop vite peut-être. Je voulais éprouver mon corps sur les sentiers népalais. J’ai avalé l’itinéraire en 7 jours AR. Je gambadais librement sur les chemins à 5000m d’altitude. Ivre de cet air frais, sur ce sentier où se sont écrits dans de légendes sportives et personnelles. J’ai retrouvé un livre de mon enfance dans l’un des refuges. L’Alchimiste de Paulo Coelho. Étrange présage, étrange rencontre. J’avais toujours rêvé, alors, aux portes du monde adulte, de tracer par mes mots et mes pas le chemin de ma propre destinée. Voilà que, seul, au milieu des montagnes népalaises, je remplissais d’émotions intenses le brouillon de ma vie. Venir ici c’était faire le choix d’arrêter de rêver sa vie mais de vivre ses rêves. Il y a des souhaits de gosse qui me seront à jamais inaccessibles, je le sais. Aller dans les étoiles en fait partie. Mais de là-haut, je n’ai jamais été aussi prêt, je crois. Les treks au pied du Mont Olympe sur Mars ne sont pas pour demain mais le Népal n’est pas un royaume aux portes fermées pour le commun des mortels. Hommes, femmes, couples de tout âge parcourent ses chemins. Certains, étudiants roumains, croisé dans un refuge, avaient la bourse encore moins remplie que la mienne durant mes années étudiantes mais ils étaient là. Un sourire irradiait leurs visages. Ils avaient ramassé des pommes en France et fait le sacrifice de nombreuses soirées avec leurs amis pour se retrouver ici. Des regrets ?

Ils n’en avaient aucun… les verres en boîte avec leurs amis attendront, les restaurants en amoureux également, leur rêve de Népal, lui, ne pouvait pas. Qui étais-je moi-même pour les contredire ? Chaque matin je sentais la vie courir dans mes veines, chaque pas était un murmure de liberté. Je me droguais aux lemon tea (thé citron) et black tea (thé noire) sur les terrasses des refuges népalais après avoir partagé un vibrant et sincère « Namasté ». Je m’endormais gavé de dal baht (plat local végétarien) comme un bienheureux. Sur le retour, je me suis posé à Namche. J’étais tellement en avance sur mes prévisions. J’avais compté 9 à 10 jours pour mon itinéraire au départ, ce qui était alors déjà optimiste. 7 jours à peine. Je n’avais pas marché sur les chemins, je volais à chaque pas.

Avant de toucher de mes mains la pierre du Camp de base de l’Everest, le but de cette marche solitaire, j’ai vu les rayons du dernier phare sur Terre. Embrasé par le soleil couchant. J’aurai pu m’arrêter là, hypnotisé par cette merveille irréelle, si ce n’était le froid et le vend mordant. Immobile, inondé d’une énergie sans pareil. L’émotion coulant sur mes joues.

Comme rien ne pressait, comme personne ne me poussait ni ne m’attendait et, à mon rythme, je n’étais qu’à une bonne demie journée de marche de Lukla, je pouvais encore profiter des quelques gâteaux à la carotte et au chocolat de la boulangerie du coin à Namche. Plaisir sucré. Je contemplais le temps qui passe durant ces jours de détente.

Je montais pour le lever et le coucher du soleil au point de vue au-dessus de Namche pour un dernier au revoir. Ce n’était pas un adieu. Ce n’était pas mon seul et unique pèlerinage en ces lieux. Je reviendrai. Je ne pouvais que revenir.

Le trek du Camp de base de l’Everest est une route si différente des randonnées que j’avais fait quelques semaines plus tôt au Népal. Celui de Gandruk avec Pauline, son papa et Benoit, collègues du blog Worldelse, que j’ai croisé par hasard et avec qui on a convenu de faire un trek ensemble. Puis je suis parti, seul, sur le tour de l’Annapurna.

Le tour de l’Annapurna et le trek de Gandruk sont de belles randonnées même si , avec le recul, elle ont un un caractère moins sauvage que le parcours qui nous mène au pied de l’Everest.

Il y a tant de randonnées à faire dans ce beau pays qui, encore dernièrement, à été touché par des inondations après un séisme ravageur il y a quelques années. Aller au Népal, ce n’est pas seulement réaliser un rêve, c’est aussi aider les populations locales via les revenus du tourisme. Pour ma part, j’aimerai refaire encore le trek du camp de base de l’Everest et réaliser un film de meilleur qualité (avec des plans au drone) que celui que j’ai réalisé au smartphone et à la gopro lors de mon premier voyage. Il y a le tour du Manaslu que je souhaiterai réaliser. On le compare à celui du tour de l’Annapurna, une quinzaine d’années plus tôt, avant que la route ne soit construite.


Liens utiles pour un trek au Népal


Ma vidéo du trek du camp de base de l’Everest en 2 minutes