Demain je pars. De nouveau. 2 mois sur la route.2 petits mois remplis de doutes sur ce que « demain » me réserve. Il y aura des carnets gribouillés, des souhaits d’aventures, des photos souvenirs, des photos volées, une certaine quête de solitude et de l’oubli de soi dans l’effort, là haut, dans mes montagnes. Je vais pouvoir ajouter une nouvelle série d’aphorismes durant mes périodes de méditations nu, sous une cascade tel le Chuck Norris du blog voyage. (j’appelle cela des tessonades, en référence à Sylvain Tesson que je respecte beaucoup par ailleurs) Des phrases du genre  « L’aventurier qui bat les sentiers se mutile » « Le voyageur sent le parfum âcre de la route, le touriste, celui, enivrant, de l’argent. » « Plus haut te porte ton coeur, plus près tu es de la tombe ». Mais ne confondons pas serviettes et torchons. Lui c’est l’aventurier, moi je suis un bouseux officiant sur la toile.

J’ai toujours un train de retard pour vous parler de mes plans de voyage. Mise à part une sorte de ligne directrice de mes projets dont je m’éloigne et que je corrige au fur et à mesure que l’année passe, telle une promesse arrosée de nouvel an. Mais je progresse. J’espère ne pas vous livrer un an plus tard (comme pour le récit photo de Kyoto ou des pêcheurs de Guilin) le fruit de mes péripéties.

 

Escale parisienne

 

Paris. je monte sur Paris de ma lointaine province polonaise, en Basse-Silésie. Je mentirai si je disais que c’était avec joie et plaisir. Déjà parce que j’ai du payer mon billet d’avion low cost à prix d’or (150 euros, l’aller-simple) dans la mesure où, ne restant plus qu’une compagnie « low cost » sur place, à l’aéroport de Wroclaw, vous imaginez bien les dérives des pratiques monopolistiques associées au yeld management des billets. (Par comparaison, j’arrive à trouver des billets AR Paris-New-York pour environ 200e ou Paris – Chine pour 300e). Quand tu payes, si tu sens une petite démangeaison dans l’arrière train, c’est le second effet kiss-cool. Le « high cost » on appelle cela.-

Et secundo, j’apprécie moyennement Paris parce que la majorité des parisiens font la gueule. Si, soyons honnête. On dirait un défilé à un enterrement. Bon, chacun ses raisons me direz-vous. Moi-même, avec mon salaire d’étudiant roumain trimant à Mac-Do, je pourrai vous en énumérer plusieurs. Alors oui, on me dit, « Mais tu sais, la situation de la France, la crise mondiale, nos politiques incompétents et corrompus… » . C’est là que je rigole sous cape, sachant que je vis dans le pays dont le taux horaire est l’avant avant dernier de l’UE. -La Pologne fait tout juste mieux que l’Ukraine, la Roumanie et l’Estonie-. Pourtant, chez nous, point de récession. On se rit de la crise. Enfin je dis « on », dans mon entourage, on rit pas beaucoup. Faut dire, la croissance tout en restant pauvre, ne prête pas vraiment aux explosions de joie. Mondial de foot ou pas. Imaginez si on en avait une vrai, de crise. Je pense que les travailleurs polonais pourraient chercher l’eldorado dans les usines chinoises ou du bangladesh.

Ah, et pour vous donnez un tableau de l’ambiance politique actuelle, façon cage aux folles, chez nous, le gouvernement polonais pris la main dans le sac avec des écoutes révélant népotisme, abus de pouvoir, trafic d’influence, corruption, ententes anti-constitutionnelles et j’en passe (les mauvaises langues diront le truc habituel, certes, sauf que là c’est tout de même gros. Notre Watergate polonais quoi), donc notre beau gouvernement invoque l’illégalité des écoutes. Pour faire simple et directe, ils se torchent le cul avec la vérité. « Nous, quoi ? La vérité ? – La vérité, combien de divisions ? » Et si les polonais sont pas contents, on s’en fout, on a signé une circulaire autorisant le ministre de l’intérieur à faire appel aux forces de l’ordre étrangères pour calmer la populace. C’est comme si feu notre futur présidentiable, Saint Valls, autorisait les ricains à calmer les cheminots, voyez. Et, remarque, si les soldats allemands ou les russes venaient à brusquer ces conscitoyens de polonais épris de valeurs désuètes, ici comme ailleurs- mais si, rappelez-vous, les trucs en « é » qu’on apprend en chantant à l’école. Comme liberté, égalité, fraternité- on pourra réellement parler  » d’ heures les plus sombres » de l’histoire polonaise.

Alors je sais, je sais, je casse l’ambiance et puis la Pologne c’est loin. On s’en préoccupe autant qu’en 39. Habituellement, je me promets de ne pas parler politique et évoquer les choses tristes et déprimantes de la vie (mais néanmoins réelles) parce que premièrement, cela ne se partage pas sur facebook façon chaton kiloulol, secondo, par conséquent, cela me fait baisser le taux de lecture (et mon salaire de roumain).

monmartre peintre

Or y’en a marre, j’ai envie de m’offrir le luxe d’un bol de riz après un mois de soupes lyophilisées.(moi aussi je veux rêver quoi !) Je compenserai donc cet article. à mon retour, par une belle ode optimiste aux blog tour du monde, promis. Un article inspiré, que vous lirez avec plaisir et envie… du genre,  pourquoi voyager vous rendra heureux, riche, beau et sauvera votre couple (et vous rendra performant au lit !).

Mais comprenez bien que si, même-moi, autruche par excellence, j’en arrive à parler avec Magda et ma famille de manifestations, d’appels à la démission du gouvernement c’est que l’environnement dans lequel on vit devient un sacré bordel, pour ne pas dire une maison de passes (et c’est toujours les mêmes qui se font tirer). J’ai beau me balader avec mon baluchon autour du globe, le sourire du conquérant aux lèvres, cherchant, tel le furet, tout ce qui sort des « sentiers battus » pour les accrocher à mon tableau de chasse sous forme d’article avec moi en selfi d’dans, j’veux dire y’à un moment où le voyageur apolitique que je suis dit « merde » « crotte et zut quoi ! Pouce ! ». Il y a plus de rebondissements que dans une pièce de théâtre parisien. C’est qu’à force de ne pas broncher, de sombrer dans le défaitisme, de s’embaumer dans le linceul de ce que l’on nommait démocratie en signant des pétitions virtuelles, un jour, au retour de voyage, en défaisant mon baluchon, on pourrait bien me confisquer mon passeport et me foutre au trou pour ces quelques mots ironiques que je viens de publier plus haut. Vous rigolez ? Ah, moi aussi, beaucoup, jaune. Parce que ce qui m’effraie, c’est que cette vision orwelienne n’est pas si discordante par rapport aux faits que le quotidien énumère.

Il y a toujours un réveil douloureux lorsque les événements s’enchaînent comme un mauvais disque rayé De Patrick Sébastien. L’Ukraine n’est pas plus loin que le fut, jadis, en son temps, Sarajevo. Le monde reste un jeu de dominos posés les uns à la suite des autres. Je m’endors parfois avec ce regard horrifié de celui qui voit les cordes de l’arc de la haine, de la peur, de la dictature de velours se tendre sous les discours anxiogènes et hystériques du nationalisme rampant. Et sincèrement, ce n’est plus de voyages, comme celui qui me mènera au Québec dont je rêve, mais de fuite. De lâches épopées sans retour. Je m’élancerai sur les steppes mongoles, tel un Don Quichotte du clavier. Ailleurs. Loin, le plus loin possible de la folie des hommes qui du haut de leur siège doré, ne voient en nous que des pions dans leurs sombres desseins.

marche puce saint ouen

Mais heureusement, le départ approche, août et sa torpeur m’enlèveront sous peu de l’esprit ce que je peux faire encore aujourd’hui, penser en homme libre. Et puis, à Paris, j’irai flâner dans un café, j’échangerai, insouciant, avec mes collègues blogueurs voyageurs lors de soirées mondaines avec, bonheur, petits fours gratuits. On se rassurera en se susurrant à l’oreille des compliments de guimauve, la bouche pleine de macarons. On se dira que le monde est si beau, que nous sommes si bon, que la vie est si bien. J’irai faire mon touriste à Montmartre ou je chinerai des souvenirs de précédents voyages sur les comptoir du marché aux puces, Portes de Saint Ouen. De grâce, oublions ! Point n’est temps à la réflexion. Revêtons notre habit de cigale, l’été sent bon le sirop d’érable et les grands espaces. Les cafés noirs et les lèvres carmins des gracieuses et précieuses parisiennes. Parce que le vrai voyageur, si si, le vrai, celui en sac à dos, en mode backpacker, il ne pense pas vraiment, il s’extasie de tout et de rien, imbibé de bières bon marché et surtout imbu de lui-même.

source photo Marek Kluzniak : https://www.flickr.com/photos/39997856@N03/

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