Te souviens-tu du froid qui s’attaque d’abord aux doigts.
Pas celui qui pique immédiatement, non, mais celui qui s’installe lentement jusqu’à faire douter du geste le plus simple. Un froid dans lequel tout semble avancer dans un film noir et blanc au ralenti.
Là-haut, sur les sommets, la pierre glacée ne se contente pas de refroidir la peau. Elle mord. Elle entame. Elle rappelle que le corps n’est au mieux qu’un invité de passage.
Plus au nord encore, dans les étendues blanches du Svalbard, le vent ne crie pas. Il tourne. Il s’insinue. En motoneige, par -20, -30… -50 en ressenti, le visage se crispe, les mains s’engourdissent, et chaque minute passée dehors devient une décision consciente.
Même la glisse, pourtant familière, désirée telle une drogue, change de nature lorsque le froid se rappelle à nous. Sur les pistes enneigées, le froid ne disparait jamais vraiment. Il accompagne. Il attend les arrêts, les pauses, les instants immobiles où l’hiver reprend ses droits.
Voyager en hiver, ce n’est pas chercher le froid.
C’est apprendre à composer avec lui.
Le système des 3 couches : la base pour voyager en hiver
Voyager dans des régions froides, en montagne ou en zone arctique, impose une règle simple : ne jamais compter sur un seul vêtement pour se protéger du froid. Le principe du système des 3 couches repose sur une gestion intelligente de la chaleur, de l’humidité et du vent, afin de s’adapter aux changements de rythme et de conditions météo.
1. Première couche : gérer l’humidité (couche de base)
La première couche est portée à même la peau. Son rôle n’est pas de chauffer, mais d’évacuer la transpiration afin d’éviter le refroidissement.
À privilégier :
- La laine mérinos, pour ses propriétés thermorégulatrices
- Les matières respirantes et anti-odeurs
- Les vêtements ajustés, sans compression excessive
À éviter :
- Le coton, qui retient l’humidité
- Les tissus trop épais qui empêchent l’évacuation de la chaleur
Une première couche efficace permet de rester au sec, même lors d’efforts prolongés.
2. Deuxième couche : conserver la chaleur (couche isolante)
La deuxième couche a pour fonction principale de retenir la chaleur corporelle. Elle agit comme un isolant en emprisonnant l’air chaud.
Options courantes :
- Polaire épaisse
- Doudoune en duvet ou synthétique
- Veste isolante compressible
À prendre en compte :
- Le niveau d’activité (marche, ski, observation)
- La facilité à retirer ou ajouter cette couche lors des pauses
- Le compromis entre chaleur et liberté de mouvement
C’est souvent cette couche qui fait la différence lors des phases statiques.
3. Troisième couche : se protéger des éléments (couche externe)
La troisième couche est la barrière contre l’extérieur. Elle protège du vent, de la neige et de l’humidité, sans nécessairement apporter de chaleur.
Caractéristiques essentielles :
- Coupe-vent efficace
- Imperméabilité adaptée aux conditions hivernales
- Bonne respirabilité
- Capuche protectrice
Exemples :
- Hardshell
- Veste imperméable technique
- Parka conçue pour le grand froid
Sans cette couche, les deux premières perdent rapidement leur efficacité.
Et les mains dans tout ça ?
Les mains sont particulièrement exposées au froid et aux phases d’immobilité. Selon les conditions, plusieurs solutions existent :
- Gants isolants classiques
- Moufles pour maximiser la chaleur
- des gants chauffants, utilisés comme complément de confort lors des pauses, de l’attente ou d’activités statiques (photographie, observation)
Dans certaines destinations hivernales, ce type d’équipement permet simplement de prolonger le temps passé dehors, sans multiplier les couches. Pour encore plus de confort et pour les frileux, prendre une paire de chaussettes chauffantes rendra également l’exposition aux froids extrêmes plus agréable à supporter.
Que découvrir dans ces destinations hivernales d’exception ?
Voyager en hiver ne se limite pas à affronter le froid. Ces territoires offrent des expériences rares, souvent inaccessibles le reste de l’année. Lorsque les températures chutent et que la lumière se fait plus fragile, le voyage ralentit, mais l’intensité, elle, augmente.
Svalbard : l’Arctique à l’état brut
Situé bien au-delà du cercle polaire, le Svalbard est une destination hors normes, où la nature impose ses règles. L’hiver y révèle une atmosphère presque irréelle, faite de silence, de blancheur et de contrastes extrêmes.
À découvrir au Svalbard
- Longyearbyen, la ville la plus septentrionale du monde
Un point de départ étonnamment vivant, où se croisent scientifiques, guides polaires et voyageurs venus chercher l’Arctique réel. - Les expéditions en motoneige
Elles permettent d’atteindre des zones reculées, entre glaciers, fjords gelés et plateaux balayés par le vent. - Le traîneau à chiens
Une approche plus lente et plus silencieuse du territoire, qui renforce le sentiment d’isolement et de connexion avec l’environnement. - La faune arctique
Renards polaires, rennes et parfois ours polaires, toujours observés à distance et sous encadrement professionnel.
Vous pouvez retrouver mes articles en photos et même une vidéo ici
- carnet de bord au Svalbard
- Svalbard, au nord du cercle polaire arctique
- Svalbard: conseil photo pour capturer les aurores boréales
- Expedition motoneige au Svalbard
Laponie finlandaise : l’hiver habité
Moins extrême que le Svalbard, la Laponie finlandaise offre un équilibre rare entre nature sauvage et infrastructures adaptées. C’est une destination idéale pour découvrir l’hiver arctique sans renoncer au confort.
À découvrir en Laponie finlandaise
- Les aurores boréales
L’un des meilleurs endroits d’Europe pour observer ce phénomène, notamment loin des villes et de la pollution lumineuse. - Les forêts enneigées et les parcs nationaux
Raquettes, ski de fond ou simples balades silencieuses, au cœur de paysages figés par le froid. - Les villages sami
Une immersion culturelle qui permet de comprendre comment vivre avec l’hiver, et non contre lui. - Les saunas traditionnels
Indissociables de la culture finlandaise, ils offrent un contraste saisissant avec les températures extérieures.
Vous pouvez retrouver mes articles sur la Laponie Finlandaise ici:
- Récit Finlande, un séjour en Laponie
- Laponie finlandaise, ma première aurore boréale
- Laponie finlandaise : au pays du Père Noël, des moto neige et des huskys à Rovianemi
La haute montagne en station de ski : l’hiver maîtrisé
Les stations de ski de haute montagne représentent une autre manière d’aborder l’hiver. Plus accessible, plus encadrée, mais tout aussi exigeante lorsque l’on sort des sentiers battus.
À découvrir en haute montagne
- Le ski alpin et le ski de randonnée
Deux approches très différentes, l’une tournée vers la performance, l’autre vers l’effort et l’exploration. - Les panoramas d’altitude
Sommets dégagés, vallées figées, lumière hivernale qui accentue chaque relief. - Les activités hors-ski
Raquettes, chiens de traîneau, ski nordique ou simples marches en altitude, souvent plus immersives que la descente elle-même. - Les stations en hiver profond
Lorsque les températures chutent et que la fréquentation baisse, la montagne retrouve un rythme plus lent et plus silencieux.
A lire mes précédents voyages photos
Ma conclusion : voyager en hiver, autrement
Qu’il s’agisse du Svalbard, de la Laponie finlandaise ou de la haute montagne, l’hiver transforme profondément la manière de voyager. Il ralentit les déplacements, impose des choix, aiguise l’attention. Il s’agit de se préparer et de s’adapter. Même si le plaisir des yeux est là, le froid reste un animal difficile à dompter si on n’est pas bien habillé.
On ne part pas pour défier le froid. On part pour apprendre à vivre avec lui. L’équipement, la préparation et l’anticipation ne sont pas des accessoires, mais des conditions de liberté. Elles permettent de rester dehors plus longtemps, d’observer davantage, de ressentir pleinement la beauté de Dq,e nature.
Voyager en hiver, c’est accepter que le monde ne s’adapte pas à nous.
Et découvrir, peut-être, que c’est là que commence le vrai voyage.