Baraka, Ron Fricke, 1992

Quelle est votre impression générale du film?

Marjorie : Difficile de donner une seule impression car c’est un film hybride, plurivoque et exigeant qui laisse au spectateur une place active dans l’interprétation des images (il n’y a pas de parole, ni de narration proprement dite, ce qui n’empêche pas que le montage soit très construit et rappelle par certains côtés, L’homme à la caméra de Dziga Vertov, 1929).

Pour ma part, je regarde ce film comme je lis un poème : les images se répondent comme des rimes, des échos visuels, les émotions naissent et m’invitent à réfléchir sur l’Homme, sa place dans la nature, dans la ville, mais aussi le temps, la spiritualité, l’Histoire, le rôle de la technologie, l’industrialisation…

Lucie : Malheureusement, ce film a été pour moi une très grosse déception. Je m’attendais à voyager, à pleurer, à rire et à m’émerveiller par le simple pouvoir de l’image et de la musique. Je n’ai fait que m’ennuyer et regarder régulièrement le décompte des minutes pour savoir quand le film s’achèverait. Je m’attendais à un film révélation, à un film visionnaire sur l’homme et la planète, à de la poésie et de la nostalgie pure. Je n’ai vu qu’un film assez simpliste, se servant de clichés et d’opinions déjà usées jusqu’à la corde sur la spiritualité, l’industrialisation et la nature.

Je reconnais cependant la beauté des images qui vous feront voyager aux quatre coins de la planète et vous feront découvrir des lieux méconnus. La musique est parfaitement en accord avec les images et c’est ce que j’ai le plus apprécié dans Baraka.

Pourquoi faut-il voir ou pas ce film?

Marjorie : Il faut voir ce film :

–  parce que pour certains, c’est un chef d’oeuvre du cinéma.

Le montage est une source de fascination, une expérience chamanique. La photographie est simplement magnifique, bouleversante, les sujets sont filmés avec amour, tendresse et dignité du yakuza tatoué aux intouchables de l’Inde.

–  Parce que c’est plus qu’un film, c’est une expérience, un objet d’art plurivoque, et à ce titre il suscite des réactions souvent extrêmes : on adore, on hait ou on s’ennuie copieusement (si on cherche un sens car celui-ci n’est pas donné mais doit être construit).

Lucie : Je ne dirai pas qu’il ne faut pas voir le film. Je dirai qu’il faut prendre du recul et aller au-delà de belles images et de la musique. J’ai pour ma part trouvé le montage brouillon, mais le problème essentiel réside dans le fait que le film manque d’objectivité et est d’un pessimisme absolu. Certes, la planète est en danger, certes des espèces sont en voie de disparition et des peuples souffrent. Certes, il y a bien des aspects attirants et positifs au retour à la nature. Mais la vie en ville dans un monde moderne ne se résume pas à un rythme à 1000 à l’heure, à de minuscules appartements et à la consommation de masse. La vie dans les coins reculés et pauvres de la planète ne se limite pas au travail et à la souffrance (même si je reconnais bien sûr l’existence de tous ces problèmes).  Pourquoi tous ces regards fixes et tristes ? Pourquoi ne pas filmer quelques sourires, quelques instants de joie de la vie de tous les jours ? Pourquoi ne pas montrer la vie telle qu’elle est, entre joies et peines, entre destruction et renaissance ?

Mais ce qui me met encore plus en colère est que le réalisateur montre l’Homme heureux et entier seulement dans les moments de spiritualité: religion et autres rites sont au cœur du film. Comme si c’était la solution à tous nos maux.

La religion comme solution et soulagement de nos misères ? Moi, j’avais plutôt entendu dire que la religion était l’opium du peuple…

Que signifie Baraka?

Marjorie : Le titre place d’emblée le film sous le signe de la spiritualité. “Baraka” c’est la chance par restriction, mais par extension, et dans un sens plus profond, c’est le souffle, l’âme, l’”anima” latin.

Lucie : Je crois aussi que le mot Baraka veut dire bénédiction dans plusieurs langues.

Quel est son message?

Marjorie : “Entre la tête et les mains, le médiateur doit être le coeur” Metropolis de Fritz Lang. Voilà en une phrase le message du film pour moi. La technologie, l’industrialisation ne doivent pas être séparées du besoin d’amour, de nature et de spiritualité de l’homme sans quoi il devient “schizophrène” (et la scène de la danse silencieuse Bûto illustre à merveille cette schizophrénie). C’est aussi un regard sur les différentes cultures, religions, rituels des hommes à travers le monde.

Lucie : Définir un message n’est jamais facile… J’y ai lu pour ma part un message de protection de l’environnement, de la planète et de la nature, un appel à la spiritualité, mais surtout un message très pessimiste sur l’avenir de l’Homme.

En quoi est-ce un film pour les voyageurs avides de découverte?

Marjorie :Sur Wikipédia, vous trouverez la liste des 24 pays et des lieux visités sur les 5 contients. C’est une bonne source d’inspiration pour donner envie de voyager.

Et ici, les images et les lieux où elles ont été tournées : http://www.spiritofbaraka.com/baraka0832

Lucie : Le film permet aussi d’avoir un aperçu de cultures et de rites, que l’on ne peut qu’avoir envie de découvrir par soi-même.

Le film en un mot?

Marjorie : Sans hésiter, Baraka

Lucie : Noir

Une image

Marjorie : J’ai choisi cette image car elle est tirée d’une séquence charnière du film. Elle inaugure la partie “difficile” avec des plans filmés à Auschwitz ou au Cambodge. La danse traditionnelle japonaise Butô est silencieuse et seules les expressions et les gestes figurent le discours, la beauté et la grâce se mêlant étroitement à l’horreur d’un cri silencieux et impuissant.


Lucie : je n’aime pas l’omniprésence de la spiritualité dans ce film, ce moment a été le plus fort du film pour moi. Il m’a pris par surprise et je l’ai trouvé fascinant. Il s’agit de la Kecack, une danse-transe originaire de Bali. Il faut la voir  pour en apprécier l’intensité.