Katmandou – Népal. Au 5 octobre 2016.

Ce voyage, je l’attendais depuis longtemps. Je l’attendais comme une promesse à laquelle on n’ose trop y croire. Une chimère. Presque irréelle. Lointaine. Impossible. Inaccessible.
Sans vraiment pouvoir donner la raison. Peut-être pour le nom. Peut-être pour les mystères qui l’entoure. Sans aucun doute pour les rêves de montagnes qu’il éveille.

Népal.

Mon premier projet fut avorté par la faute du désastreux tremblement de terre qui pris la vie de plus de 8000 népalais. J’ai eu honte par la suite de mettre comme une croix sur ce beau pays, la peur de la déception. Entendons-nous nous bien. Aller au Népal n’est pas un acte de bravoure ni de résistance. Ni un acte de bénévolat. Je suis et reste un touriste comme un autre. Un touriste qui espère être émerveillé comme tant d’autres. Mais voilà, au lieu de me promettre d’y être un jour, d’y marcher un jour, aujourd’hui, j’y suis bien. Aujourd’hui, j’y suis enfin.

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Katmandou

Rien que la paperasse administrative qui m’attendait à l’arrivée aurait pu me rebuter d’avance si, alors, j’avais pu imaginé la queue interminable avant le tampon salvateur. Pourquoi ne pas faire un formulaire avec un paiement online ? Cela serait tellement plus simple. Plus rapide. Plus fonctionnel.

Oui je râle. Ceux qui me suivent avec régularité savent que je tiens en horreur tampons, formulaires et autres guichets kafkaïen. Phobie administrative face à la torture des cases à remplir en lettres majuscules. Je râle donc comme tout bon français, même si je sais très bien, avec l’expérience du voyage, prendre mon mal en patience sans broncher. Après un vol sans sommeil, dopé aux blockbusters américains, j’étais désespéré de voir notre avion faire des tours au-dessus de la capitale, tel un chien tentant de se mordre la queue. Les conditions sur la piste ne permettaient pas de se poser -de bon augure n’est-ce pas. A l’arrivée, Katmandou, ce n’est pas l’émerveillement.

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Katmandou c’est… spécial.

Les qualificatifs ne lui sont pas des plus favorables. C’est chaotique. Bruyant. Sale.

On dirait Dehli, les montagnes en moins. Et, avoir une ressemblance avec Dehli n’est, à mes yeux, pas un compliment. Katmandou est un labyrinthe ou s’entasse comme se peut des milliers d’âmes errantes. Et moi.

Katmandou n’appartient plus qu’aux hommes. Elle est de ces villes se nourrissant de béton, de poussières et de pots d’échappement. Elle est de ces villes où la nature semble être un passager clandestin. Arrivé là on ne sait trop comment et survivant comme se peut.

Je me sentais claustrophobe à Katmandou. Je manquais d’air. Je manquais d’espace. Mon esprit se perdait dans un abrutissement sans nom. Même du toit de notre auberge, la ville semblait avoir décidé d’avaler tout la surface libre qui l’entoure. On apercevait, au loin, comme un mirage, les derniers vestiges verdoyants de la nature, émeraudes étincelants derrière les barreaux de béton de cette prison tentaculaire.

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On se fait à Katmandou., comme on se fait à Delhi d’ailleurs. On subit à défaut d’apprécier. On découvre des minuscules îlots de paix, que trop rares, où les klaxons se font comme distants. Ou le temps ralentit. On s’étonne des chiens, vaches, chèvres, poules au milieu du trafic. On serre le cœur face aux pauvres hères mourant au bord de la route. Ombres squelettiques. On fait comme si on ne les voyait pas. On détourne le regard. Honteusement. On serre le porte monnaie comme on serre notre cœur. Conscient que fermer les yeux sur cette misère arrache une partie de notre âme. Sachant pertinemment que quelques roupies soulageront davantage notre conscience que leur peine. Même si on s’en déleste parfois.

Mais peut-être était-ce aussi parce que Katmandou est tellement à l’opposé de l’image sauvage, à travers des sentiers hauts perchés, mon image d’Épinal du Népal, que je ne pouvais que ne pas l’apprécier.

Il y a peut-être une périphérie ou l’odeur d’immondices mêlée aux épices ne vous donne pas des hauts le cœur, où les hommes, levant la tête, peuvent apercevoir un ciel bleu sans câbles électriques obstruant l’horizon, avec des plantes n’ayant pas à se frayer un chemin au travers de décharges sauvages encore fumantes. Peut-être ?

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Je ne suis pas venu au Népal pour aimer Katmandou. A force de visites, trouvera t-elle peut-être grâce à mes yeux comme ce le fut pour Paris. Il arrive que le temps gomme les défauts. Qu’on ne voit plus que le « beau ». Il arrive que le temps embellit les souvenirs. Il arrive que l’optimisme et la volonté des hommes embellissent un sombre avenir. Il arrive…

Mais pour le moment, me voilà fuyant les ruelles labyrinthiques de Katmandou avec soulagement, fuyant vers ces hauteurs où le monde avance à un autre rythme. Au rythme de nos pas. Et nos pas, battant au rythme de notre cœur.

Pokhara est la prochaine étape avant mes retrouvailles avec les sentiers, loin de cette chaleur moite qui m’oppresse. Loin de ces hommes qui me pressent et de cette folie mercantile qui m’aliène.


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