Je suis un homme. Cela change mon regard. Ma “peur” et le risque que je prends à travers cette pratique ne sont pas comparables en intensité avec celui d’une femme. Ils ne sont toutefois pas inexistants. Mais point d’égalité dans ce domaine.

 

Je n’ai évidemment pas l’expérience d’Annick-Marie ou d’un ami polonais, Przemel Skokowski qui a fait plusieurs longs voyages, dont l’un de Pologne jusqu’en Chine et qui vient de publier un livre.

 

Le stop ne fait pas partie du coeur de mon projet de voyage. Je m’approche lentement des 10 000km parcours cumulés mais je ne me vois pas battre des records. Le stop est une composante, parmi tant d’autres, de mes voyages. Je ne la place pas sur un piédestal. Je laisse peu de place à l’improvisation sur la destination.

 

Ce que j’apprécie avant tout dans la pratique du stop, bien loin devant le fait de voyager low cost, c’est l’échange. Pas l’échange balbutiant de celui qui feuillette un dictionnaire. L’échange, le vrai, la longue conversation dans une langue que l’on maîtrise correctement. Dans l’ordre français, polonais ou anglais pour ma part.

 

Le stop n’est pas le coeur de mon projet

 

Le stop ne m’est pas naturel. Je ne pense pas qu’il le sera un jour. Mais j’aime la promesse qu’il apporte.

 A chaque porte ouverte, chaque sourire, chaque kilomètre. C’est une nouvelle histoire qui commence. Une histoire sans fin.

 

Mes samaritains préférés ? Les conducteurs de poids-lourd. On y rencontre les hommes. Tous les hommes. Il y a les écorchés de la vie, il y a les roublards, il y a les économes des mots et il y a les bavards. Il y a les agents de la Gestapo qui vous harcèleront de questions, il y a ceux qui préfèrent se murer dans un silence d’indifférence. Ils y a les enflures et les bons pères de famille. Tous ont un coeur. Tous ont leur histoire. J’aime entendre la leur et j’apprécie de partager la mienne. Le bitume porte parfois des germes amitiés alors que les mots défilent comme les bornes d’arrêt d’urgence. La cabine ressemble parfois à un confessionnal. Je suis l’inconnu qui écoute, qui compatit, qui comprend mais ne juge pas. Je suis le réceptacle silencieux de leurs doutes, de leurs rêves brisés, de leur colère et de leur espoir aussi.

 

Faut pas croire. C’est pas non plus des enfants de coeur. Entre leurs préférences sur les putes, les embrouilles entachées de sang et les agressions subies ou les quelques gestes et paroles déplacées avec les auto-stoppeuses, ce n’est pas que la beauté et la bonté de l’âme humaine que je sonde. C’est tout le spectre qui s’offre à moi. Y’a du blanc-gris et du noir dans leur vie à la dérive. Certains voyagent jusqu’à 6 semaines d’affilé sans revoir leur femme et leur gosse, d’un bout à l’autre de l’Europe, dans leur cabine exiguë, le bordel de leur “cercueil” comme certains l’appellent. Pourquoi ? Pour un salaire de survie. Parce que le polonais il roule et ferme sa gueule. Les syndicats ? La solidarité ? Connaît pas. Chacun pour soi. L’amitié franche ici est rare et mouvante comme les saisons. Bouffant, rêvant, vomissant du bitume. Des 72h d’affilés, sans pauses, car le patron, cette enflure, exige et menace. Crève ducon et roule ! Ton chargement a plus de valeur que toi. Le polak rage mais il prend l’volant. Qu’on s’étonne ensuite que certains y perdent la raison.

 

Les ouvriers de la route.

 

Avant, les polaks, ils chargeaient du charbon, maintenant ils filent sur le goudron. Il y en a qui boivent pour oublier, d’autres prennent des rails pour tenir la cadence. Je roule dans une grenade dégoupillée m’a dit l’Poète. Si tu crèves pas de l’extérieur, cela explosera de l’intérieur. Cela te ronge comme un acide. Un beau merdier. La route, c’est un peu comme dans le couloir de la mort. Tu parles car demain n’arrivera peut-être pas. Alors on se confie. A toi ou un autre. Sans honte aucune.

 

Moi aussi ma langue se délie. C’est comme un psy, sauf que c’est gratuit. Je vide mon sac, dit ce que personne ne veut entendre car qui de nos jours écoute vraiment. Les réseaux sont plein de bruit, la route l’assourdit. Le goudron me rend volubile. La route m’attire. Elle fait se rencontrer deux hommes. Deux hommes dans leur traversée solitaire.

 

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