Un sentier de grande randonnée ce n’est pas que des magnifiques paysages que l’on parcourt en solitaire ou en groupe. Un sentier de grande randonnée c’est aussi l’histoire des hommes et des femmes qui font la beauté de ce dernier. Ceux et celles qui, dans l’ombre parfois, nous permettent d’apprécier le charme du lieu au travers du contact humain.

Durant mon petit tour du Queyras, le Gr58, j’en ai profité pour interviewer ces inconnus qui le sont devenus, au fil des questions, un peu moins. Chacun a son parcours. Un parcours ponctué de coups de coeur, de rencontres, de promesses, de coups durs aussi. Un parcours qui les amené à s’installer au Queyras et à devenir, comme tant d’autres, les gardiens des joyaux sauvages du Queyras.

Portraits du Gr58 : Mon tour du Queyras

Laure, gardienne du refuge de Furfande

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Laure a suivi les traces de sa soeur ainée de 10 ans qui était gardienne de refuge dans les montagnes du Valgaudemar, une vallée du massif des Ecrins. Son histoire avec le refuge de Furfande  est ponctué de multiple péripéties. Elle et le refuge de Furfande c’est avant tout l’histoire d’un coup de coeur. Un coup de coeur qui débuta lors d’une belle marche automnale, au milieu des années 80, dans le parc du Queyras. Immédiatement charmée par le lieu, elle s’en rappelle quelques années plus tard, lors d’un changement de situation professionnelle.

Un concours de circonstances heureux, comme elle le dit si bien, l’a amenée à obtenir en l’espace de 24h  les clés du refuge à la location. Elle pense à ce beau refuge le matin, elle rencontre par hasard le collègue du propriétaire dans son village de Geystre à midi et, après un coup de fil et un rendez-vous, elle obtient sa location le soir même. La vie donne quelques fois des coups de pouce et il faut savoir saisir sa chance. Laure l’a bien compris.

Les débuts sont difficiles. Pas de téléphone, les réservations se font avec des mots de randonneurs qui passent par les sentiers. La vaisselle à la frontale, de la terre battue dans la cuisine, pas de dalle extérieure pour la terrasse. Entre temps, elle a aussi en charge le refuge de Pelvoue et elle jongle entre une semaine à Furfande et une semaine là-bas.

Après un détour par Chamonix durant quelques années, c’est une lettre touchante du propriétaire du refuge de Furfande qui la fait revenir. Elle prend alors une location de longue durée sur plus de 12 ans avant de racheter, en 2012, avec ses maigres économies, le bâtiment au propriétaire qui souhaitait fermer. Depuis, c’est une nouvelle aventure qui a commencé. Le lieu. transformé par l’amour du détail, a assurément une âme et porte en lui l’accueil chaleureux de ses propriétaires. On y sent l’amour du détail qui se retrouve jusque dans le choix des assiettes et des théières plus originales les unes que les autres.

  • Anecdote amusante : C’est l’histoire d’un certain Monsieur Toupet qui souhaitait, avec ses enfants, se rendre au refuge. Il appela en début d’après-midi pour savoir comment on s’y rendait. Bien que ce fut déjà tard pour se lancer dans la montée et qu’il y avait un autre refuge en chemin, il voulait absolument monter. Il appelait toutes les 30 minutes pour donner sa position. Evidemment, il arriva bien tardivement, alors que les lumières du refuge étaient éteintes depuis longtemps mais, fort heureusement pour lui, une voisine était chez elle. Au final, il y resta 3 jours entiers.
  • Ses remarques : elle trouve les randonneurs forts humbles mais elle voit une vraie différence avec celui qui « découvre » la montagne pour la première fois et qui, souvent mal préparé, préférera ne pas partir de la journée car on annonce quelques orages en fin d’après-midi.
  • Elle n’apprécie pas :  les caprices alimentaires. Les « pas de ». Pas de gluten, pas de viande, pas de produits laitiers… en montagne, cela devient très difficile. Et je suis bien d’accord avec elle, un refuge n’a pas vocation à être un restaurant gastronomique pour vegans.

La retrouver au Refuge de Furfande : le site

 

Michel, guide de montagne et photographe

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C’est le mari de Laura. Petit déjà, vers 13/14 ans, il souhaitait devenir guide alors que ses parents habitaient Paris. Il rencontre Laure lorsqu’elle a 16 ans. Guide l’été, moniteur de ski de fond l’hiver, il obtient son premier appareil photo, un Leica, de son père photographe. De là, sa passion pour l’image se développe. Dans les années 80, il commence à mêler son activité de guide avec des reportages photos pour la presse. Il a longuement regretté d’avoir échangé son Leica, qui vaut une petite fortune aujourd’hui, contre un appareil argentique plus performant à l’époque. Il est passé très récemment au numérique. Ne comptez pas le retrouver sur les réseaux sociaux, il n’a pas vraiment le temps pour cela.

La vie de famille durant ces années de reportage ne fut pas forcément évidente. Il emmène les enfants quand il peut mais c’est souvent Laure qui gardait ces derniers. Aimant la bonne chère, il a longtemps rêvé d’ouvrir son propre restaurant mais cela n’a pas pu se concrétiser. Depuis le rachat du refuge, il est beaucoup plus présent aux côtés de Laure pour l’aider dans les tâches quotidiennes.

  • A savoir : Michel a réalisé un film sur les Touaregs et publié 4 livres sur ce peuple du désert. Il a en tout édité une vingtaine de livres.
  • Ses prochains voyages : Oman cet hiver, l’Iran, la Norvège…
  • Son souhait : partir en Antarctique
  • Ce qui l’a le plus marqué durant ses voyages : Le contraste. Il a autant apprécié faire du ski de randonnée qu Groenland que l’hospitalité des Touaregs.

Vous pouvez le retrouver sur son site : michelzalio.com

 

Alain, accompagnateur montagne

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Alain, c’est l’exilé politique en provenance des Pyrénées. Son combat contre la réouverture d’un tunnel routier dans sa vallée natale alors qu’il militait pour un tunnel ferroviaire lui a valu, par la suite, des soucis avec l’administration. Cette dernière lui a mis des bâtons dans les roues lorsqu’il a voulu s’installer définitivement dans son village, à l’Escin, où il vivait depuis 30 ans.

Jeune, il n’était pas du tout sportif. Il a abandonné son travail de programmeur analyste car le travail ne lui plaisait pas. Il est parti en stop, a débarqué dans un refuge où ils cherchaient un moniteur. Ayant des restes de ski de son passage à l’armée, il a pris le poste et s’est formé sur place. Il a découvert les Hautes Alpes lorsqu’il a participé à un stage d’apprentissage au ski télémark au centre 5 saisons. Il a par la suite géré le refuge, puis un gîte et fait sa petite vie dans les Hautes Alpes depuis.

Avec le temps, il est devenu accompagnateur en montagne avant que le diplôme n’existe puis a obtenu l’équivalence lorsque ce dernier a été mis en place.

  • Il aime : l’accueil dans le Piémont italien. Les magnifiques saisons dans les Hautes Alpes
  • Il n’aime pas : les gens qui ne savent pas décrocher de leur smartphone en montagne. Pour lui, si on reste connecté, il est plus difficile d’être présent, de vivre l’instant.
  • Il se souvient : d’un client qui, lors de la traversées des Alpes, lui a écrit une belle lettre pour avoir su l’intéresser à autre chose que les paysages. Notamment la faune et la flore.
  • Fait amusant : On le compare souvent à Richard Gere ou Guy Bedos.

Le retrouver en tant que directeur de l’agence : La Vie Sauvage

 

Félicie, propriétaire du Gite la Paida du loup et présidente de l’association des gîtes et refuges du Queyras

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Parisienne, elle a découvert le Queyras en passant des vacances chez son oncle et sa tante. Après une licence de staps, elle ne devient pas professeur d’EPS mais s’oriente plutôt vers un master de gestion. Pleine d’énergie et d’enthousiasme, ils s’installent, en 2008, elle, son mari François, et leurs enfants dans le gîte/hôtel La Baita du Loup.

  • Elle aime les défis : elle est devenue, il y a peu, la présidente de l’association des gîtes et refuges du Queyras
  • Ses prochains projets : permettre une approche plus écologique en développant par exemple un système de boite consignée pour les randonneurs afin d’éviter le gaspillage. Une réflexion est également en cours pour mettre le site à jour et permettre aux randonneurs de profiter plus longtemps des couleurs de septembre avec une fermeture des gîtes et refuges plus tardive.
  • Elle apprécie : les deux saisons bien distinctes en montagne
  • Elle n’apprécie pas : l’amalgame fait entre un gîte et un hôtel. Un gîte comprend justement des espaces communs. Les sanitaires, les douches, le repas pris dans la salle commune avec des gens de tous horizons qui se mêlent autour de bons petits plats

 

Hélène, salariée du parc naturel régional du Queyras

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Elle vient de Bourg en Bresse dans l’Ain. Après une traversée de l’Afrique à vélo, elle suit son mari qui s’installe dans la région après avoir trouvé du travail. D’un petit boulot saisonnier au parc naturel régional (PNR) du Queyras il y a deux ans : l’organisation de la fête du parc à l’automne, elle obtient un poste à temps plein qui l’amène à prendre plus de responsabilités au travers de différentes missions concernant le tourisme et la communication.

  • Elle aime : le fait de pouvoir travailler sur un territoire de montagne d’exception qui conserve cependant des activités humaines
  • Son prochain projet : une grosse refonte su site, le développement sur les réseaux sociaux

Le parc naturel régional du Queyras sur facebook : ici


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Liens utiles :

  • Le site MonGr pour préparer ses randonnées