Il y a eu les attentas à Paris. On a pleuré. Certains pleurent toujours. On s’est levé, difficilement. Meurtris dans nos cœurs, blessés dans notre âme. Il en fut de même pour nos amis bruxellois. On s’est réveillé, difficilement. Les yeux de nouveau embués de larmes. Meurtris dans nos cœurs, blessés dans notre âme. Triste cycle qui en devient habituel.

Venir à Bruxelles pour le salon des blogueurs ?

La question ne se posait même pas. Faut-il arrêter de respirer, de vivre, de rire pour quelques cons fanatiques ? Jamais !
Comme un seul homme, des blogueurs francophones venus des quatre coins du monde, 170, rien que ça, ont répondu présent. D’une seule voix. Modeste manière de combattre, à notre façon, la peur et la haine. Faire acte de présence. Comme après une mauvaise cuite.

Les journées au salon étaient laborieuses. Les soirées étaient festives. Bruxelles a toujours su divertir. Des retrouvailles, des échanges enjoués et des amitiés se sont nouées autour de pintes et de saucissons.

Mon intervention au salon, un peu brouillon, fit visiblement sensation. Me voilà l’impertinent du spectacle. Le mauvais élève au fond de la salle qui gueule trop fort. Souvent pour ne rien dire. Pourtant, j’avais tant de choses à énoncer. Sur notre place, en tant que blogueurs voyages, sur notre rôle, en tant que collectif, sur notre raison d’être, en tant que voyageur ayant pris la plume. Mais ma langue a fourché. Le stress a parlé. Si on veut encore de moi, promis, la prochaine fois, je serai aussi naturel que consensuel.

Certains pensent que nous prostituons notre talent pour quelques euros, tels des mercenaires du voyage. C’est mal nous connaître. C’est mal nous comprendre. La main qui produit doit-elle être nourrit ? Bien que la réponse soit évidente, le débat refait constamment surface. Se justifier encore et encore. Triste refrain. Envie parfois de hurler, derrière le discours complaisant « Puisque je ne vaux rien, puisque je suis utilisable, remplaçable et jetable tel un kleenex et bien je vous emmerde ! » Mais cela serait faire preuve de manque de diplomatie, n’est-ce pas ? Mais c’est l’égo qui parle. L’impertinent qui ose. La personnalité qui transparaît. Celle qui fait ce que nous sommes. Ce que nous transmettons. Ce pour quoi nous sommes lus, suivis et, au fond, appréciés. Nier la valeur de notre travail, c’est effacer un peu notre existence. Qu’importe les belles formules, c’est toujours douloureux. La rhétorique sentimentale n’ayant malheureusement pas marché, il me faudra convaincre par la froide approche chiffrée. Le C.A. parle souvent plus que le « moi ».

L’éloquence me manqua à ma propre conférence, je me rattrapais donc dans les bars. La bière belge, bouée salutaire des conférenciers égarés. Profitant, autant que se peut, de ces moments trop rarement partagés en si bonne compagnie. Je ne reverrais pas tant d’entre vous avant un an -délai raisonnable, chers collègues, le temps de reconstruire mon image de troll, si ce n’est plus-. Et il y a tant d’autres à qui j’aurai aimé adressé plus qu’un sourire. Le mur du virtuel nous éloigne. Mais nous sommes et restons une communauté. Une belle bande de gosses qui se chamaillent. Qui se tirent la bourre pour quelques likes, quelques retweets et quelques mots. Nous sommes là parce que nous avons une voix. Petits, grands, moyens et gros, nous avons tous en commun cette passion. Cette passion sincère, je le pense. Cette soif de partages, de découvertes. Du voyage. De l’humain. Nous jetons les dés de nos rêves sur ce formidable plateau de jeu que nous appelons le monde. On émerveille et on s’émerveille avec le cœur d’un enfant. Car c’est ce que nous sommes, au fond. De grands enfants qui oublient qu’ils ont grandi. Continuez donc de rêver, oublions donc d’être adulte.

L’insouciance et notre joie de vivre nous ont conduit à Bruxelles. Bruxelles meurtrie mais Bruxelles insoumise. Ton coeur vibrant continue à battre. Chère amie, je regrette de n’avoir pas trouvé le temps de rester plus longtemps. Mais d’autres l’ont fait pour moi. Moi j’ai j’ai juste couru dans tes rues, à 6h du matin, par une matinée brumeuse.

Insouciance et joie de vivre nous conduiront ailleurs. Comme toujours. Cet ailleurs entre pointillés sur nos cartes gribouillées de notes. Entre deux escapades, nous rempliront nos blogs et nos réseaux de nos souvenirs. J’ai déjà la nostalgie de ceux que j’ai semés dans les rues de Bruxelles. Amis belges, merci pour votre chaleureux accueil. J’espère repasser bientôt. A vous tous, le monde est grand, le route est longue, j’espère vous revoir au prochain croisement.

Merci aux organisateurs du salon des blogueurs de voyage, à l’office du tourisme de Bruxelles ainsi qu’à l’hôtel Pullman pour l’accueil.