30 ans qui semblent avoir disparu en un soupir. Comme une brise dans les feuilles de printemps. Ou alors sur l’oreiller. A rêver. J’ai au moins dormi, statistiquement, le tiers de ma vie. Je pense être sincèrement plus proche de la moitié. Il y a eu donc eu, théoriquement toujours, 15 ans d’activité. 15 ans dont de nombreuses années sur les bancs de l’école. Sur les trajets, dans les cours de récré, devant mario bros et ff7, devant club Dorothée et les minikeums, à construire seul dans ma chambre des vaisseaux en légos, à me projet en héros de romans de fantasy, à maugréer sur qualité de la purée de la cantine et des carottes en caoutchouc. En ces temps que les moins de 30 ans ne peuvent connaître (ou qu’ils ont déjà oublié), les guignols n’étaient pas cryptées et De Caunes faisait le con avec Garcia à l’époque du grand Canal. C’est étrange. Dans le miroir je vois un visage plus fatigué. Il y a des cernes sous mes yeux. Quelques rides qui déjà s’accrochent à ma peau. Finis le visage poupin. Dire que je n’aurai jamais une barbe de bûcheron pour compenser. Un comble pour un mec qui aime l’outdoor. 30 ans putain. J’entends encore ma mère, avant mon premier jour au lycée, qui me disait que, dorénavant, les semaines vont passer à toute vitesse. Elle se trompait. C’est les années qui trépassent dans mon sillage. Les saisons défilent entre deux respirations. En face de moi se trouve un visage qui me semble serein. Je crois que c’est le mien. Mais ce ne fut pas toujours le cas. Il y a quelques années, j’ai jonglé avec la mort…

A 18 ans…

 

A 18 ans, jeune homme mal dans ma peau, j’aurai aimé accroché le regard d’autres femmes.  A 30 ans, il y a longtemps que je me satisfais du sourire d’une seule.

A 18 ans, c’était également l’âge de mon premier grand amour et que je pensais, naïvement, comme le dernier. Je me suis promis de ne jamais faire pleurer la femme que j’aimais. J’ai lamentablement échoué. Je crois qu’il n’y a pas d’amour sans quelques larmes.


A 18 ans, je ne savais pas de quoi mon avenir sera fait.P.

A 18 ans, je pensais que les calories n’auraient aucune emprise sur moi. Je me voyais rester svelte comme une asperge tout le reste de ma vie. A 30 ans, des poignets d’amour gagnés malgré les centaines de kilomètres avalés, mon corps me rappelle, non sans une certaine malice, qu’il faut arrêter de reprendre de la sauce à chaque repas et que le programme d’exercice intense de 3 mois ne me ferait pas de mal.

A 18 ans, certains aspects de cette société de consommation me révoltaient déjà. Même si j’avais fort peu de recul. A 30 ans, je grince devant mon bilan carbone. Soyons honnête, ce n’est malheureusement pas le tri de quelques déchets et une consommation de saison qui feront oublier mes trop nombreux trajets en avion pour découvrir de nouvelles destinations. Je roule en vélo, cela compte ?

A 18 ans, je ne croyais déjà plus aux promesses des politiques. Rien n’a changé sur ce point.

A 18 ans, je ne savais pas de quoi mon avenir sera fait. J’ai vogué d’un cursus à un autre, tel un papillon. A 30 ans, je n’ai toujours pas de réponses. Néanmoins, je sais ce dont mon avenir ne sera pas fait. Il ne sera probablement pas derrière un bureau. Ou alors, un bureau ouvert sur le monde. Mon bureau est un simple écran. Je suis devenu l’artisan de mon propre destin.

A 18 ans, le jugement des autres m’était encore important. A 30 ans, je me fous des quand dira t-on. Je n’ai pas de maison. Je n’ai pas de voiture. Je n’ai pas de carrière toute tracée. Je n’ai pas de rolex au poignet. Je suis peut-être un raté. Un raté de l’uniformité. Mais peu m’importe, j’en souris. Le sentier que j’ai librement choisi de prendre me rend heureux. Je ne sais pas où je vais, c’est vrai. Mais j’avance. Sans regrets et sans peur. C’est, je le pense, l’essentiel. Je ne laisserai pas l’avis des autres m’empêcher de profiter de ma vie. Je ne laisserai personne me dicter la voie du bonheur à emprunter. Chacun a sa réponse. J’ai trouvé la mienne.

Ma vie, ce long fleuve tranquille…

 

Ce que je suis devenu n’a jamais été écrit dans le marbre. Il n’y a pas de continuité naturelle entre le jeune Piotr paumé et rêveur et le Piotr plus confiant et aventurier que je suis peu à peu devenu. Il y a eu une cassure dans ma vie. Comme tant d’entre vous, j’ai aussi quelques cicatrices. Ma passion des voyages et ma soif de mots ont éclos dans la douleur. Car je n’avais plus peur de perdre. Plus peur d’échouer. Car j’avais alors, tant physiquement que moralement, sombré au plus bas. Je ne pouvais que me relever.

En France, on n’apprécie pas les échecs. Aux parcours chaotiques, on préfère les success story parfaites et sans aspérités. Ma vie n’est pas un scénario d’une success story.

Il y a un pan de l’histoire dont je n’ai jamais parlé. Un pan sombre de mon histoire. Mais à 30 ans, je peux en parler. A 30 ans, je veux en parler. Parce que j’ai eu la chance d’avoir un joker. Le gamin d’hier n’est pas encore loin et je souhaite que les jeunes lecteurs qui me lisent et qui parfois, au travers de leurs message, idéalisent ma vie faite de belles expériences, d’émouvantes rencontres et de récits de voyages comprennent les choix qui ont été les miens. Comprennent les épreuves qui ont forgé ce que je suis devenu.


Mon monde n’avait plus de fenêtre. Il était noir de tout espoir. Avant de plonger dans mon dernier sommeilP

Il y a peu, j’ai perdu ma sœur. Mais avant d’accepter la dure réalité de cette maladie qui l’a affaibli et l’a fait tant souffrir, je me sentais responsable. Je me sentais coupable. Coupable de ne rien pouvoir faire. Coupable de ne pas soutenir ma famille durant ces années difficiles. Coupable de ne pas pouvoir l’aider. Coupable d’être bien portant alors qu’elle mourrait peu à peu.

Enfant, on peut tenter de bâtir une forteresse mentale pour fuir la réalité, pour fuir les problèmes. Mais aussi fort que l’on pense être, les problèmes trouveront toujours une brèche dans nos remparts illusoires. Parfois l’édifice craque alors que nous sommes jeune adulte. Ce fut mon cas.

A côté de cette situations sans issues, étudiant, une suite d’événements malheureux m’ont peu à peu affecté. J’ai commencé à perdre pied. Je me suis mis à avoir des crises d’angoisse qui se sont prolongées en une dépression. J’ai consulté. Mais j’ai mal réagi aux prescriptions. Une nuit, seul dans ma chambre, après une violente crise de panique, j’ai trouvé le réconfort en vidant ma pharmacie de mes boites de somnifères, de calmants et d’anti-dépresseurs. Avec le recul, c’est effrayant de se dire que la dépression peut nous plonger dans un état tel que la mort nous semble comme la solution la plus douce. La vraie dépression n’est pas qu’une mauvaise passade, c’est une vraie maladie. Elle vous rend méconnaissable. Elle peut vous faire perdre totalement goût à la vie.  Elle vous fait perdre les forces d’affronter les causes profondes de votre mal être. Elle m’avait quasiment rendue aveugle. Mon monde n’avait plus de fenêtre. Il était noir de tout espoir. Avant de plonger dans mon dernier sommeil, dans un sursaut de lucidité, j’ai envoyé un SMS à une amie en étude de médecine. La dernière flamme de vie. La main tendue hors de l’eau avant de sombrer. Elle a réagi. C’est elle qui m’a sauvé. Entre ce sms et mon réveil dans un centre hospitalier, des jours entiers ont disparu de ma mémoire.

Il y avait dans les chambres adjacentes d’autres personnes ayant tenté, comme moi, de mettre fin à leur jour. Il y avait une fille. Je me souviens encore de ses mains bandées et de son regard lointain. Elle marchait comme un fantôme. Elle avait du mal à tenir sa tasse de café. Je n’étais guère mieux. Nous étions des inconnus réunis dans la fuite de la mort. Je pensais sortir rapidement. Mais je me suis retrouvé, malgré moi, interné une semaine dans un centre psychiatrique. Semaine éprouvante et irréelle. Durant cette période, livré à moi-même, je fus abandonné dans un désert de stimulation intellectuelle. L’unique distraction quotidienne était la télé dont on ne pouvait changer le programme au risque d’énerver certains patients. Je me suis promis de changer. Je me suis promis de vivre. En voyant le reflet dans ma glace, l’état de mon corps squelettique après les lavages d’estomac que j’avais subi, j’ai su que je ne pouvais tomber plus bas. J’étais déjà au plus bas. Mais dans ma prison, j’avais soif de lumière. J’avais soif de libertés. Je me souviens encore des cris des autres internés qui m’éveillaient au milieu de la nuit. Je me demandais si on n’en ressortait pas plus fou qu’on n’y rentrait. La vie, la vraie, me manquait. Je savais que je devais réécrire la mienne. Forcer le destin.

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort.

 

Le dicton me va comme un gant. Ces événements sont arrivés quelques jours avant les vacances étudiantes. Personne ne s’est aperçu de rien. J’ai accepté cet acte comme une partie de moi-même. Une sombre partie. Auto-destructrice. Résolue. Déterminée. Mais cette partie avait échouée. J’étais là, encore en vie.


Sur la toile, vous trouverez toujours plus jeune et plus talentueux que vous. P

Je suis revenu à la fac. J’ai réussi de justesse mes examens. Je suis parti en erasmus, en Pologne, ma terre natale. Je ne suis jamais vraiment rentré en France depuis. Je me suis reconstruit sur mes terres natales. Quasiment un an après cet événement, j’ai ouvert ce blog voyage. J’ai rapidement gagné quelques euros. J’y ai vu une possibilité. Non pas celle de m’enrichir. Mais une opportunité de réaliser un rêve d’indépendance immédiat. En Pologne, il en faut peu. Ce n’est pas le tiers monde mais vous avez des gens qui vivent avec moins de 250 euros par mois. Cela tombe bien, je n’ai jamais eu besoin de beaucoup. J’ai pris le risque même s’il était très mesuré. J’avais d’excellents résultats en cette dernière année de licence. Je me suis investi totalement dans le blog. Je n’avais plus peur d’échouer. Personne n’y croyait mais moi je voulais croire. J’ai travaillé dur. Ce que je ne savais pas, je l’ai appris sur le tas. Et me voilà ici aujourd’hui. J’ai trouvé ma place. C’est un combat constant. Sur la toile, vous trouverez toujours plus jeune et plus talentueux que vous. Je peux vous citer un tas de collègues dont j’admire le style et l’ardeur au travail. Ils sont comme des étoiles filantes. Dépassant avec facilité en quelques mois ce que j’ai mis des années à bâtir. Mais je ne suis pas pressé. J’ai le temps et une détermination sans faille. J’apprendrai sans doute à leurs côtés. Ici, rien n’est acquis. Cela ressemble un peu à un far west avec ses codes, ses espaces sauvages, ses alliances et ses trahisons mais c’est un lieu où je me sens libre.

Cette place fragile et éphémère dans ce monde virtuel, je la dois en grande partie grâce à vous. Vous, lecteur silencieux. Sans vos clics, ma vie serait sans doute bien différente. Certainement moins colorée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Si on tente de vous marteler que changer de vie n’est pas possible. Que vous n’êtes bon à rien. Que vous ne rencontrez que l’échec. Quel que soit votre ambition, ils se trompent. Ils se trompent. Votre présence ici en est une preuve indéniable. Alors je vous remercie chers lecteurs. De tout mon cœur. Un grand MERCI de me suivre. Un grand MERCI d’être là. Fidèle depuis des années pour certains alors que les nouvelles de mes aventures se font parfois rares. Alors que les articles sont de qualité inégales. Mais des articles, comme celui-ci, ont mis des semaines à germer. Néanmoins, vous revenez malgré ces nombreux autres distractions qui abreuvent notre quotidien et mes longues et silencieuses absences. J’espère être à vos yeux une de ces distractions utiles. Une de celles qui vous inspirent. Une de ces distractions qui vous donnent envie de découvrir le monde et de réaliser vos projets.

Le monde ne nous attend pas

 

L’égalité n’existe pas. Nous ne sommes pas égaux face à la vie, à ses aléas, aux joies et aux malheurs qui nous touchent et transforment à des croisements de notre existence. Certains naissent avec une cuillère d’argent dans la bouche,. Certains sont beaux. Certains sont talentueux. Certains naissent au mauvais endroit, à la mauvaise période. Il n’y a pas de justice. Mais rien n’est écrit. Rien n’est tracé d’avance. Chacun peut, à un moment ou à un autre de sa vie, faire un choix. J’ai fait le mien.


Le choix principal que l’on devrait enseigner aux jeunes c’est de trouver ce qui les rendra heureuxP

Mais mon choix ne vous conviendra pas forcément. Les voyages sans retour, sans fin, ne sont pas non plus la panacée. Les voyages ne sont pas LA solution. Ils nous apprennent beaucoup. Sur nous. Sur notre société. Sur le monde. Mais faire que voyager n’est pas LE choix ultime. Imaginez, si tout le monde faisait pareil. Un monde peuplé que de blogueurs voyages. Tout s’écroulerait. Cela serait un enfer. On s’entre tuerait pour la dernière borne wifi. En plus les blogueurs se lisent rarement entre eux. De vrais faignants ! Non, sérieusement, il faut des gens utiles. Des médecins, des pompiers, des ingénieurs, des voleurs politiciens, des rêveurs et des lecteurs. Vous quoi ! :)

Le choix principal que l’on devrait enseigner aux jeunes c’est de trouver ce qui les rendra heureux. Pas ce qui va minimiser leur malheur. Acceptez et embrassez vos aspirations personnelles. Ecoutez votre coeur. Lui connait la solution. Il connaît vos secrets. Si vous avez fait des études de médecine mais que vous imaginer cuire du pain dans un village de Savoie vous rend heureux, faites-le. Si vous êtes comptable mais que la danse vous a toujours fait rêver, essayez (et inversement). Vous ne réussirez pas forcément. La passion n’est pas une garantie de réussite. A quoi mesure t-on la réussite d’ailleurs ? Une réussite financière, une réussite humaine, une réussite personnelle ? Mais ne pas essayer c’est semer en vous les germes du regret.

Malgré les difficultés que vous aurez à affronter, prendre le chemin de vos rêves vous apportera la joie. Je vous le garantie. Vous vous sentirez plus vivant. Car vous aurez le sentiment d’avoir, enfin, votre vie et votre avenir entre vos mains. On s’en fout du regard des autres. On s’en fout du regard de votre famille. De vos collègues, voir futurs ex amis. S’ils ne supportent pas ce qui peut vous rendre heureux, ils ne vous ont pas vraiment compris. On a le droit d’être égoïste. Attention, je ne parle pas d’un pseudo-bonheur qui se nourrit du malheur des autres ou de la consommation de produits promus par les publicités. Ce n’est pas cet égoïsme et cet individualisme dont je parle.

Et les enfants ? Que fait-on des enfants ? Et nous, en tant qu’adultes, ne sommes nous pas, tout simplement, de grands enfants ? Nous sommes tous les fils et les filles de. J’aurai aimé savoir et voir mes parents plus heureux. Je crois que c’est le meilleur exemple à donner à ceux qui prendront la relève. La vie ne doit pas être qu’un long et monotone sacrifice. Oui, la vie c’est des concessions. Mais faire une croix sur la poursuite de son bonheur personnel n’en a jamais été une. C’est une illusion.

Nous n’avons qu’une vie, alors prends le chemin qui te rendra heureux. Prends le chemin qui te rendra plus respectueux. De l’Autre. De toi-même. De notre environnement. Celui que tu foules aujourd’hui de tes pied. Celui où tes enfants feront demain leur premier pas. Ma soeur me l’a tristement rappelé. Nous n’avons qu’une unique vie. On a parfois la chance de tomber sur un joker mais il n’y a pas de bouton reset. Ne perdons pas de temps à rester malheureux. Voilà la leçon que j’aimerai te transmettre cher lecteur. Au fond, je ne suis pas un grand sage. Après, tout, je suis encore jeune, je n’ai que 30 ans, j’ai encore tant à apprendre…

Image film V pour Vendetta

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