Derrière le hublot déjà, les immensités de l’océan et des palaces de pierre et de glace, couteaux affûtés des côtes norvégiennes, attiraient l’œil émerveillé de ceux qui comme moi, sont, depuis longtemps, des amants des montagnes, des don Juan de l’aventure courtisant les charmes de dame Nature.

Car ici, au nord du cercle polaire arctique, s’étend une partie de son vaste royaume immaculé.

J’observais parfois, ci et là, du haut de mes 10 000 pieds, des maisons norvégiennes colorées comme de rouges bouées échouées près des rivages, ces minuscules Robinson Crusoé de la modernité, affrontant les vagues blanches de l’hiver et le bleu de la mer. Le Svalbard, lui, au loin peu à peu, s’approchait.

Longyearbyen – SVALBARD
78.22° NORD

Longyearbyen, la ville la plus septentrionale de la Terre située sur l’île principale, Spitzberg, de l’archipel du Svalbard. Le ton est donné. La géographie a parlé. Atterrissage. Le froid sur le tarmac est plus délicat que ce à quoi je m’attendais. Il mordille la peau, curieux, mais sans les crocs acérés dont je l’imaginais pourvu à cette latitude. Magie du Gulf Stream. A peine un -12. Rien de bien méchant.

A notre arrivée, les dernières lumières caressent les sommets surplombant la ville. Longyearbyen ne ressentira réellement les rayons salvateurs qu’à partir de la mi-mars. La nuit polaire, elle, a pris fin il y a peu, le 16 février.

On baigne dans cette lumière rosée et bleutée. Les minutes sont figées dans un éclat de pure beauté. A la sortir de l’aéroport, un panneau « attention ours polaire » nous rappelle, qu’ici l’homme n’est pas l’ultime prédateur. S’il ne prend pas garde l’étourdi visiteur peut rapidement devenir la proie. Ici, dame nature fait encore valoir ses droits.

Visite express du musée de Longyearbyen, on s’empresse de manger, emmitouflés sous les couches, bonhommes Michelin parés pour une expédition nocturne en chiens de traîneau. Il ne fait que – 17 dehors. La vallée qui s’ouvre face à nous est notre rue. Les étoiles sont nos lampadaires. Et nous, marcheurs ivres de l’infini.

Menant le premier traîneau, le froid mord, affamé, le bout de mes doigts, le bout de mes pieds. Après quelques heures. Je cours parfois, poussant le traîneau, pour que le sang circule. Mon corps se rappelle  alors qu’il est encore vivant. L’embarcation glisse dans le silence de nos nocturnes rêveries. Pas de radio, pas de télé, pas de smartphone vrombissant, rien. Juste les chiens, le bruit de la neige, les murmures du vent.

Un ours peut-il se cacher au bout du frêle halo de la lampe perchée sur mon front. Je me le demande. Et s’il fonçait sur moi, quelqu’un pourrait-il l’arrêter avant l’instant fatidique.

Les autres traîneaux se traînent derrière. Nous arrivons à la cabane. On allume le feu dans la cheminée. On prépare le repas. Un regard au dehors, vite, le spectacle commence. La nuit s’illumine. La discothèque intergalactique a ouvert ses portes. Cela brille de mille feux. Je sors, évidemment, avec mon appareil. Plaisir et travail se mêlent et ne forment plus qu’un. Quel accueil, dès le premier soir, je n’en demandais pas tant. Je m’éloigne de notre îlot de protection et de chaleur. Assis, seul dans la nuit, à observer le ciel en capturant, de temps en temps, des extraits captivants de ce programme verdoyant, je me dis que, décidément, blogueur voyageur, il y a pire comme métier.

Je me surprends à regarder, derrière moi, le haut des collines. Un frisson me parcoure l’échine. Et si quelque chose apparaissait, m’entendrait-on hurler au creux de la nuit. Aurais-je le temps d’atteindre la porte avant que des crocs d’ours affamé n’atteignent ma peau ?

Le spectacle dure. J’ai froid mais je reste là, à regarder, grelottant. Enfant captivé par l’écran noir. Les étoiles. Les aurores. Le silence.

(à lire : conseil pour prendre en photos des aurores boréales)

En rentrant, un repas chaud m’attend. On trinque tous ensemble, un verre de vin à la main près de la cheminée. Je souris. Je revis. Étonnant d’avoir un lieu aussi douillet au milieu de nulle part. Passer le seuil de l’entrée, c’est comme la tente magique dans Harry Potter. On ne s’attend pas à tant de douceur.

Avant le saut au lit, une séance de sauna pour les trois derniers vikings de la nuit. On ne l’a pas assez mis longtemps à chauffer pour suer mais on s’y trouve assez bien pour se détendre. Dans la vie, toutes les dures journées devraient se finir par un bon sauna.

Je m’endors dans mon lit, trône du prince en son royaume.

Je me lève, le soleil brille, je sors dehors respirer l’air si frais.

Sur le sol glacé mes larmes matinales ont gelé. Mon âme s’est élevée, envolée dans ce monde blanc comme un flocon. Il n’y a que ce blanc infini, sauvage, qui puisse laver la noirceur de cet ailleurs médiatique qui a semble t-il avalé mon esprit. J’ai besoin de paix. J’ai besoin du baiser gelé de l’espoir pour oublier les flammes de la haine, qui loin d’ici, brûlent dans le coeur de certains. J’ai besoin de croire en la beauté du monde. Ici, j’y crois, sans nullement me forcer.


C’est apaisant de croire. Svalbard. Ce lieu semble être une utopie. Je me demande si je rêve. Une partie de moi me demande de ne jamais quitter ce lieu. L’autre lui promet de revenir un jour. Et puis, qui sait ce qu’aujourd’hui nous réserve comme merveilles à découvrir. Je me laisse convaincre.

Les chiens, eux, sont prêts pour le retour.


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Ce voyage a été réalisé en collaboration avec l’agence Hurtigruten. Mon avis reste totalement indépendant.