Les fresques colorées sur les murs délavés de 5 Pointz disparurent lorsqu’une vague de peinture blanche vint recouvrir leurs présences éphémères. Ainsi finit celle que l’on nommait la Mecque du Graffiti, Mecque qui attira des grapheurs et artistes venus du monde entier, cherchant un havre de paix, un jardin attractif et économiquement accessible au sein de la grosse pomme. Un jardin créatif emporté par l’ambition et l’avarice d’un promoteur qui ne voyait dans les œuvres des occupants que des leviers financiers et marketings pour augmenter la valeur des terrains. Soyez rassurés, l’avide promoteur reçut, pour l’outrage commit, telle une petite gifle de Dame Justice, une amende de quelques millions de $ afin de dédommager les artistes qui avaient participé à construire la renommée du lieu.

Le nom 5 Pointz était en soi un clin d’oeil culturel au mythique quartier de 5 Points. Le croisement de 5 rues, le croisement des origines, l’intersection des rêves et des ambitions de chacun espérant une vie meilleure que ce lieu où la violence et la pauvreté régnaient en maître. Le melting pot culturel fondement de l’American way of life avait ici ses racines. On y rencontrait des juif, des italiens, des irlandais, des chinois, des noirs partis plus tard à la conquête de Harlem… 5 Points fut la co-star du film Gangs of New York de Martin Scorsese.

Je me souviens de ce sentiment étrange alors que je vagabondais dans les rues jouxtant le bâtiment. Il y avait dans l’atmosphère comme un parfum de sacrilège. Comme si on se doutait que ce lieu saint du Street Art serait sacrifié sur l’autel de la divinité à l’origine de toutes les folies sur ces terres américaines, le Dieu $, lui qui s’élève haut comme des tours de Babel du quartier de Manhatan, non loin. Ce fut le cas quelque temps plus tard. La conséquence d’une gentrification rampante qui repousse toujours plus loin celles et ceux qui sont souvent à l’origine de la renaissance d’un lieu : les artistes. Alors que la sentence s’apprêtait à être exécuté, les mots lapidaires de Bansky ne suffirent en rien à empêcher le drame. « Thanks for your patience. It’s been fun. Save 5pointz. Bye. » Il quittait alors NYC. Il savait sans doute que face au véritable maître qui forgea le destin et le rêve de ceux qui firent l’Amérique, les mots d’un artiste, aussi reconnu soit-il, sont peu de chose.

On peut canaliser le “vandalisme urbain” et créer un défouloir de 20 000m carré à Long Island dans le Queens pour qu’émerge un bouillonnant lieu d’échange et de création mais on ne peut canaliser l’expansion urbain et la soif de rentabilité. Grafitti Terminators était le nom du programme qui a insufflé la vie à 5 Pointz. Triste que sa fin fut un rideau blanc.

Néanmoins, en tant que voyageur et plus encore en tant que blogueur, on a parfois la chance d’être les modestes témoins de ce qui fut. De laisser une trace virtuelle quelque part sur un monde qui n’est plus. New York se reconstruit constamment. Elle est le miroir des hommes qui grouillent dans ses veines. Là où la vie disparaît, ailleurs, elle réapparaît. Nul doute qu’il y aura de nouveaux lieux, éparpillés dans les 5 quartiers qu’elle était censé rassembler : Queens, Brooklyn, Bronx, Manhattan, Harlem, des îlots protégés pour admirer le street art même si, à ce jour, le temple de 5 Pointz n’est plus.

Lors de mon prochain voyage à New York, j’espère avoir l’oeil avisé pour découvrir les nouvelles œuvres urbaines de street art. Je ne suis absolument pas un connaisseur mais j’apprécie, au fil des voyages, d’avoir ce fil conducteur qui relie des villes cosmopolites aux identités multiples, d’être témoin de ces messages immédiatement accessibles aux plus grand nombres, souvent, aux plus démunis, comme des fleurs poussant au milieu du béton. Il y a cette vivacité artistique, à caractère également politique, qui me touche. Là devient également intéressant le regard d’un guide local qui permet d’interpréter le message avec le lieu, son histoire, l’artiste lui-même.


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