It was a dark and stormy night
Au commencement il y avait cet étudiant. L’espoir du désespoir. J’avais totalement sombré quelques mois auparavant. Je ne pouvais plus tomber plus bas. Au delà, il ne pouvait y avoir que la lumière. Alors j’ai choisi la lumière. J’avais réfléchi.

Je n’aurai pas pu être ouvrier. J’avais travaillé de nuit, à l’aube de mes 20 ans, pour me faire un peu d’argent pour mes études. Empiler des caisses de yaourt de 21h à 5h du matin. Suant dans l’abrutissement des tâches répétitives. Travaillant dans la lumière artificielle pour une vie artificielle. Emploi des plus gratifiants.

Je n’aurai pas pu être casé dans un open space. Je n’aime pas les horaires prédéfinis. Nous sommes normalement conditionné à cela. Préparé, toute notre enfance, à ce cloisonnement de notre être. Lundi au vendredi, de 8h à 18h, parfois plus, nous ne nous appartenons pas. Nous appartenons à l’entreprise, à la société. Moi je voulais m’appartenir.

Alors j’ai choisi la lumière. Je me suis accroché à ce mince espoir qu’un blog serait ma bouée. Que mes mots virtuels pouvaient me rendre libre de ces maux réels. C’est la folie de croire que l’on est différent, que l’on peut être différent, que l’on mérite d’être différent. Mais cette différence existe. Pourquoi certains ont-ils saisi cette chance d’exprimer un choix de vie différent et ont-ils réussi ? Étaient-ils plus fous que les autres ? Pourquoi je ne pourrai pas ? Pourquoi je ne mériterai pas d’essayer.

Alors j’ai essayé. 6 années plus tard, me voici. Bon an, mal an. Après de nombreuses erreurs et quelques réussites, j’essaie toujours d’avancer, de progresser, d’apprendre, d’étancher ma curiosité. Je me rappelle que le temps nous est compté. Il y a cet horloge biologique dont je n’arrive pas à oublier l’avancée inexorable. L’expérience d’avoir tenté d’avancer le cadran peut-être.

J’ai regardé Logan hier. [Attention, spoiler] La décrépitude, la déchéance des héros, la chute des symboles, la fin inéluctable, pour tous. 17 ans que l’acteur joue ce personnage. Mort du personnage, fin d’une page pour l’acteur.

Aussi grand que nous sommes, peu importe notre classe sociale, notre richesse, notre intelligence, notre pouvoir et notre beauté, il y a une fin pour tous.
Au delà du côté gore et de la violence des images, c’est le message, c’est ce rappel, qui m’a touché. [fin spoiler]

Peu importe la justesse de notre combat, nous mourrons tous. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas se battre, qu’il ne faut pas vivre. Il y a des batailles pour lesquelles on mérite de se sacrifier. Il y a des causes justes et des causes futiles, absurdes.

Pour le temps qu’il me reste. Pendant que mon corps est encore vigoureux, mon esprit encore aiguisé, je veux me battre pour la réalisation de mes rêves. Nous avons un temps limité pour cela. On se donne l’illusion de l’éternité. Viendra le jour où nous n’aurons plus les forces physiques et intellectuelles. Viendra le temps où nous ne pourrons plus avancer, nous ne ferons que ressasser le passé. Voilà le vrai miroir de nos vies.

Explorer ce monde, explorer ma créativité, explorer ce que je pense être mon chemin du bonheur. Le mien, pas celui d’un autre. Pour cette cause, oui, je suis prêt à me sacrifier.

Il y a eut un grand alpiniste, Ueli Steck, disparu il y a peu, qui dans ce bel interview avait eut ces mots qui m’ont bouleversé « Tu vas toujours avancer plus loin. C’est une route à sens unique. Au bout c’est la mort »

Donner un sens à notre existence est LA quête de notre vie. C’est aussi, sans doute, le seul combat qu’il vaille la peine de mener.


Photo : Norvège – Lofoten
Musique écouté : Light – Goslo remix
Film : Logan