Les jardins d’Etretat sont situées sur la falaise d’Amont, à côté de l’Eglise, dans la commune d’Etretat. L’histoire de ces jardins remonte à la rencontre de Madame Thébault, alors célèbre comédienne, et de la vision du paysagiste Auguste Lecanue qui, en 1905, y plantèrent le premier arbre. La villa Roxelanne, au sein des jardins, porte son nom en mémoire de l’épouse insoumise du sultan Soliman, dont le rôle interprété alors par Madame Thébault lui valu de nombreuses louages et la gloire internationale.

Les nouveaux jardins d’Etretat

Les jardins ont depuis eu droit à une renaissance. Lorsque l’on entre dans ces nouveaux jardins, restaurés il y a peu et ouverts au public en 2016, on marche sur les pas de l’oeuvre de l’architecte paysagiste russe Alexandre Grivko qui souhaitait en faire un jardin unique. Il y a tout d’abord ces visages poupins qui vous accueillent et qui vous observent. Les Gouttes de Pluie, personnages principaux du jardin d’Emotion, œuvre de l’artiste espagnol Samuel Salcedo. Une présence des plus déroutantes pour le promeneur immanquablement intrigué par ces expressions humaines à l’air candide.

Cet air radieux qui nous est si familier.
On a la même expression lorsque l’on retrouver la chaleur réconfortante du soleil après les longues nuits d’hiver. C’est cette expression de contentement que doivent avoir les habitants du Svalbard qui connaissent la nuit durant des mois.

Je profite du privilège unique des balades solitaires… en dehors d’accès exclusifs comme ce fut mon cas dans le cadre de ce reportage, on peut entrer parmi les premiers ou rester traîner parmi les derniers avant la fermeture (j’en vois parfois qui s’y font piéger par choix peut-être). Des moments particuliers que l’on savoure. 🙂

Posés sur leurs tapis de verdure importés du Japon, sphériques telles des bulles de savons prêtes à s’envoler à la moindre brise, ces œuvres de caoutchouc me font penser aux visages de gamins farceurs et bougons, visages géants observés par des fourmis.

La vue sur l’Aiguille d’Etretat

Avant les foules de l’après-midi, il y a ce calme matinal qui imprègne les lieux. Je suis resté près de 2h sur un banc de la plate-forme de bois où se trouve la sculpture, faites de brindilles, représentant l’impressionniste Monnet. Sculpture figeant dans son mouvement l’artiste en train de peindre son célèbre tableau « Les Falaises d’Etretat », tableau conservé aujourd’hui dans le musée Pouchkine à Moscou. Oeuvre fragile malmenée parfois par les enfants et quelques touristes peu soigneux qui rappelle ce moment d’inspiration éphémère, ce moment fugace de la création où l’oeuvre inspirée de la nature prend vie.

Peut-être est-ce que je ressentais là la connexion avec les artistes Wiktor Szostalo et Agnieszka Gradnik avec qui je partage les mêmes racines polonaises. Ce dernier dissémina, dans les jardins, d’autres sculptures faites de brindilles. Elles sont le fruit du projet Tree Huggers que l’on retrouve dans le jardin Etreinte avec les arbres. C’est une exposition temporaire. Ces sculptures en bois de vigne représentent les foules du monde faisant la queue pour étreindre le dernier arbre sur terre. Le dernier symbole de vie. Comme un appel à réveiller les consciences.

Une balade contemplative et zen

Je restais assis sur la plateforme, à prendre simplement la mesure du temps qui passe, à observer les gens qui XXX depuis ce même point de vue, s’attardant quelques secondes, le temps d’un simple souvenir selfie ou prenant, comme moi, quelques minutes pour se perdre dans la contemplation du flux et reflux sur la plage d’Etretat. Plage conquise peu à peu par les baigneurs, pêcheurs et autres promeneurs. De la plateforme, on a une vue bien dégagée sur la falaise d’Avale et son Aiguille pointée vers le ciel tel une fusée prête à décoller. Superbe panorama. Au petit matin, le soleil du mois d’août n’est pas encore ardent et il fait bon de savourer un croissant à l’ombre des feuilles des arbustes du jardin.

 

J’ai eu le loisir d’arpenter les allées soigneusement taillées par une armée de jardiniers que l’on ne risque de croiser, le plus souvent, qu’aux premières lueurs, lorsque nos paupières sont encore lourdes de sommeil. Artisants taillant soigneusement le chaos de la nature pour y installer une nouvelle harmonie.

J’y ai laissé mes pensées s’y promener, assis ça et là, tantôt sur un banc, tantôt sur un muret, disparaissant seul dans les tunnels de feuillage, me faufilant entre les premiers rayons du soleil, alors que les âmes vagabondes n’étaient pas encore admises, encore au lit, au petit matin, ou pour les dernières lueurs, lorsqu’il ne restait plus que le murmure des derniers promeneurs qui étaient déjà attablés pour le dîner.

Les suspensions en terre cuite, plus d’une cinquantaine, ont été réalisées par l’artiste Sergey Catran. Dans cet espace, il y a des enceintes cachées qui diffusent le mot « Art » en une soixante de langues. Le son semble comme vibrer dans ces toupies suspendues.

Il y a une vrai sérénité dans ces allées ponctuées de musique zen. On aimerait en voir plus. On aimerait s’y perdre comme dans un labyrinthe. Se faufilant sous un tronc, près d’un champignon géant, revivant le conte d’Alice aux pays des Merveilles. Je pense qu’il faudrait une fontaine à ce jardin. Une fontaine dont l’extravagance ferait écho à ces visages bleus comme la mer. On y entendrait le murmure de l’océan, on pourrait faire des séances de yoga sous les rythme envoûtant de ces sont étranges. On aurait le doigt d’y barboter avec nos pieds, les jeunes enfants amusé, trouvant le dernier bassin à l’eau limpide aussi vaste que l’Océan.

Il y a dans ces jardins ayant gardé cet air avant-gardiste, fruit de leur histoire première, une véritable atmosphère poétique propre à la contemplation et à la relaxation. Avec ses oeuvres disséminées ça et là, c’est un petit musée naturel. Un mix subtil entre nature et art contemporain. Il faut savoir que c’est aussi un lieu de vie, un lieu culturel. Tout d’abord, il y a une grand table de bois où on peut pique niquer, on croise dans ces jardins des enfants qui, comme tous les enfants, courent et crient, ce qui sonne au final comme un jardin d’enfants, un jardin ludique mais au niveau du jardin Parnasse, il est prévu d’apporter une touche musicale avec des concerts de jazz et de musique classique.


Infos pratiques : 

  • Heures d’ouvertures : les jardins d’Etretat sont ouverts toute l’année, tous les jours, de 10h à 18h.
  • Tarifs d’entrée : Adultes : 8€ | Enfants 2-12: 5€ (Enfants 0-2: gratuit)
  • Durée : 1h mais on peut y rester bien plus
  • Le site des jardins d’Etretat ainsi que leur page facebook et compte instagram